Les dix "paroles" de l'éducateur chrétien !

Si l’éducateur est vraiment chrétien, il aura un cœur catholique, c’est-à-dire ouvert sur l’universel.

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Homélie prononcée pour le départ du directeur de l'école Saint-Gabriel, par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la messe d'action de grâce, le 1er juillet 2017.

École Saint-Gabriel - Messe d'action de grâce

 

Chers amis,

Au moment où Monsieur Didier PUYOL quitte l’école Saint Gabriel et transmet le flambeau à celle qui va lui succéder, qu’il me soit permis de tracer devant vous le portrait de l’éducateur chrétien. Monsieur PUYOL pourra se reconnaître dans bien des traits de ce portrait mais vous aussi, parents, enseignants, animateurs, prêtres, qui avez une responsabilité d’éducation.

Permettez-moi donc de me risquer ce matin à vous énoncer les dix commandements, les dix « paroles », les dix traits caractéristiques d’un éducateur chrétien :

 

  1. Un éducateur chrétien doit être un passionné, quelqu’un de passionné par ce qu’il fait, par la relation éducative qu’il noue avec des enfants, avec des jeunes et avec leur famille. S’il est blasé, fatigué, désabusé, il n’aura plus en lui ce dynamisme intérieur indispensable à une tâche éducative. Il n’aura plus ce sel qui donne goût à la vie. C’est ce que Jésus dit à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes » (Mt 5, 13). Un éducateur aime son travail. Il aime ceux qui lui sont confiés. Cet amour est fondamental. Il n’y a pas d’éducation sans amour.

 

  1. Un éducateur chrétien doit être habité par la confiance et l’espérance. La relation de confiance fait grandir l’enfant, le jeune ou l’adulte qui en est l’objet, lui donne une estime de lui-même, l’invite à développer les potentialités qu’il porte en lui. Un regard d’espérance est un regard qui ouvre l’avenir, qui ne vous enferme pas dans votre présent, dans vos difficultés actuelles, dans votre échec ponctuel. Celui qui porte un regard d’espérance vous voit en mouvement, en devenir, capable de changement et de développement. Il vous tire vers l’avant. Comme le Christ, l’éducateur doit porter ce regard d’espérance.

 

  1. Cette confiance et cette espérance n’empêchent pas l’éducateur chrétien d’être porteur d’exigences, d’une parole forte qui édifie, qui construit, qui appelle, qui éclaire et met en route. Il n’a pas peur, comme dit Saint Pierre, « de rendre compte à quiconque le lui demande de l’espérance qui est en lui » (1 Pi 3, 15).

 

  1. Celui qui veut mettre en œuvre une éducation chrétienne doit être attentif à aider chacun à se développer selon toutes les dimensions de son être : son corps, son esprit, son cœur, sa dimension relationnelle, son âme. Il ne peut y avoir de véritable éducation qu’intégrale. Le pape François l’a souvent rappelé. Si l’attention à une des dimensions de la personne est hypertrophiée ou au contraire n’est pas suffisamment honorée, on peut redouter alors des carences éducatives.

 

  1. Dans cette éducation d’un enfant et d’un jeune, on sera attentif à mettre en œuvre une véritable éducation à la liberté. Il s’agit d’apprendre à un jeune à se responsabiliser, à se prendre en charge, à entrer dans l’expérience chrétienne d’une véritable liberté qui est toujours libération de l’égoïsme et du repli sur soi pour s’ouvrir aux autres, se décentrer de soi et apprendre à se donner. L’éducateur chrétien est un éducateur à la liberté.

 

  1. L’éducateur chrétien est aussi attentif à aider enfants et jeunes à creuser en eux une véritable intériorité, une ouverture à la transcendance (il n’y a pas que l’argent, la réussite et les biens de consommation dans la vie !). Il doit favoriser un vrai sens de Dieu, dans le respect bien sûr de la liberté de chacun. L’éducateur selon le Christ est un disciple qui veut annoncer, faire pressentir, goûter, la joie de l’Évangile, cette plénitude de vie que représente l’amitié avec le Christ, cette vie dans l’alliance avec Dieu. Il doit conduire au Christ qui nous dit : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11, 28-30). Comme Jean-Baptiste, l’éducateur est un serviteur qui s’efface devant le Maître tout en le désignant.

 

  1. L’éducateur chrétien, s’il est attentif à chaque enfant, doit être également attentif à tous les enfants, dans la diversité de leurs histoires personnelles, de leurs milieux sociaux, de ce qui marque leur environnement. Comme le Christ, dont il s’inspire, il doit accueillir chacun, et tout particulièrement ceux qui ont une difficulté, un handicap de quelque sorte qu’il soit. N’oublions pas que l’accueil et l’évangélisation des pauvres est un critère de fidélité à l’Évangile. Rien n’est plus éloigné de l’esprit évangélique qu’un enseignement élitiste et sélectif.

 

  1. Si l’éducateur est vraiment chrétien, il aura un cœur catholique, c’est-à-dire ouvert sur l’universel. A l’heure où la mondialisation ouvre les frontières mais peut créer aussi des peurs et favoriser des replis identitaires, l’éducateur chrétien sera un pédagogue de la fraternité universelle, à l’image de l’Église qui est cette famille de Dieu, qui réunit en son sein toutes les races et tous les peuples. Un authentique amour de son pays ne s’oppose d’ailleurs pas à cet appel à être un « frère universel » comme on avait surnommé le bienheureux Charles de Foucault.

 

  1. L’éducateur ne pourra vivre de cet esprit que s’il boit à la source, que s’il se laisse donner par le Christ ce regard qui sait voir, cette attention à tous, cet amour de chacun. On ne peut être un éducateur chrétien que si l’on a une véritable vie de foi, que si on laisse le Christ venir en nous et demeurer en nous. « Celui qui m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, nous viendrons en lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23). L’éducateur nourrira sa foi par la prière, par l’écoute de la Parole de Dieu et par une vraie vie sacramentelle.

 

  1. Je dirai enfin que l’éducateur chrétien n’est jamais un être solitaire, isolé, enfermé dans ses convictions et sa tour d’ivoire. Il ne peut d’ailleurs être un éducateur qui ouvre aux relations avec les autres s’il est lui-même un handicapé de la relation. Il doit être un membre vivant de l’Église, un acteur de fraternité chrétienne, quelqu’un qui apporte sa pierre à la vie d’une communauté chrétienne. On comprend d’ailleurs qu’un chef d’établissement, s’il veut être un véritable éducateur chrétien, doit être au cœur de l’animation de la communauté éducative et de la communauté chrétienne de son établissement.

 

Chers amis, l’énumération de ces points ne doit pas nous accabler mais au contraire nous motiver pour améliorer et approfondir notre responsabilité éducative. Que la Vierge Marie et saint Joseph qui ont été de remarquables éducateurs veillent sur nous et nous soutiennent dans notre marche.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

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