La résurrection est une aventure qui nous est proposée aujourd’hui.

Dans un monde où l’avenir est incertain, le don de l’espérance est un magnifique cadeau de Dieu.

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Homélie du cardinal Jean-Pierre Ricard, prononcée pour la messe du jour de Pâques, le dimanche 16 avril 2017, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux.

Chers frères et sœurs,

Nous ne sommes plus à une époque où on parlait de « lendemains qui chantent ». Aujourd’hui, c’est plutôt un pessimisme désabusé qui semble guetter les esprits. Pour beaucoup de jeunes, l’avenir est incertain et les raisons d’espérer ne sont pas toujours au rendez-vous. En ce sens les disciples qui ont pris la route d’Emmaüs sont très modernes. Ils nous ressemblent.

Ils sont tristes et abattus. Ils avaient follement espéré en Jésus de Nazareth. Ils avaient vu en lui un prophète puissant en actes et en paroles, le libérateur d’Israël. Ils ont cru en lui. Mais il a été arrêté, condamné à mort et crucifié. Il est mort. Dieu semble n’avoir rien fait pour le sauver. Or les psaumes nous disent que Dieu ne laisse pas périr le juste qui se confie en lui. La mort de Jésus a donc été pour ces disciples une terrible épreuve pour leur foi. On peut dire que quand la pierre du tombeau est roulée, ce sont leur foi et leur espérance qui sont ensevelies avec Jésus. Les disciples ne sont pas des gens qui s’en laissent compter. Ils ont entendu parler d’anges, de vision, de disparition du corps de Jésus. Mais eux ne sont pas touchés par ces paroles. Tout cela leur paraît ne pas bien tenir la route. L’aventure est terminée. Le rêve s’est brisé. Ils retournent chez eux pour reprendre leurs activités familières. Avouons que nous ne sommes pas avec eux devant des illuminés qui auraient attendu avec impatience le retour à la vie du Maître, ni devant des hallucinés qui auraient un tel désir de voir le Christ vivant qu’ils se seraient persuadés de l’avoir vu. Il va falloir que le Ressuscité prenne l’initiative, marche avec eux, leur parle, leur commente l’Écriture et les fasse asseoir à sa table pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnaissent.

Vous remarquerez que le Ressuscité ne se fait pas reconnaître tout de suite. Il aurait pu dire à ses disciples : c’est bien moi. Je suis vivant. Non, il les invite à entrer dans un parcours qui va les transformer. Leur cœur va brûler intérieurement. Ils reprennent petit à petit foi et confiance. Ils vont grandir dans la joie et l’espérance. La résurrection de Jésus est moins une constatation vis-à-vis de laquelle on resterait extérieur qu’un événement que l’on accueille dans la foi et qui nous transforme. La résurrection se prouve moins qu’elle ne s’éprouve.

Dans ce parcours que le voyageur mystérieux propose à ses disciples, Saint Luc nous décrit trois étapes : l’entrée dans la compréhension du dessein de Dieu par la lecture des Écritures, la fraction du pain et l’annonce aux disciples. Ce parcours est celui qui est proposé aujourd’hui à tout croyant. Les trois étapes de ce parcours sont comme autant de temps et de lieux où le Christ Ressuscité vient à notre rencontre et se manifeste à nous.

Le Ressuscité vient à nous tout d’abord dans la méditation de l’Écriture. Si nous nous mettons à l’écoute de la Parole de Dieu dans la lecture de l’Écriture, nous sentons alors le Seigneur venir à nous, nous parler, nous éclairer, nous faire signe, venir nourrir notre foi, rendre notre cœur brûlant comme celui des disciples d’Emmaüs. Frères et sœurs, nourrissons notre foi du pain de l’Écriture. Elle en sera fortifiée. Saint Jérôme nous dit : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ! ».

Le Ressuscité se donne à reconnaître dans le geste de la fraction du pain, l’Eucharistie. Jésus avait dit à ses apôtres le soir du jeudi saint : « Faites cela en mémoire de moi ». Quand nous refaisons les gestes de Jésus, la fraction du pain et le don de la coupe de vin, nous n’évoquons pas un souvenir ancien qui s’éloignerait dans le temps. Avec les premiers chrétiens, nous croyons que c’est le Christ qui, aujourd’hui, nous invite à sa table, préside le repas et nous donne sa vie. À travers ce pain et ce vin, c’est le Seigneur lui-même, le Ressuscité, que nous recevons. N’a-t-il pas dit à ses disciples : « Celui qui m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera. Nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23) ?

Les disciples de Jésus, enfin, sont invités à retourner à Jérusalem et à se faire les témoins de la résurrection auprès des onze apôtres et de leurs compagnons. Ils deviennent des évangélisateurs. C’est quand ils témoigneront de lui que Jésus se rendra présent à ses disciples et qu’il mettra une flamme dans leur cœur. Aujourd’hui encore, quand nous témoignons du Seigneur, quand nous parlons de notre foi, Jésus la réchauffe et la renforce. Nous sentons alors que le Ressuscité vient à notre rencontre sur les chemins de la mission. N’hésitez pas à partagez votre foi. Quand on partage son argent, il diminue. Quand on partage sa foi, elle augmente.

Frères et sœurs, la résurrection n’est pas l’évocation d’une histoire ancienne. C’est une aventure qui nous est proposée aujourd’hui. Le Christ ressuscité vient à nous et nous communique son souffle. Il nous éclaire et nous fait entrer dans la vie filiale. Avec lui, nous grandissons dans la confiance, dans l’amour et dans la paix. Le pape François nous dit : « Si le Christ est ressuscité, nous pouvons regarder chaque événement de notre vie, même les plus négatifs, avec des yeux et un cœur nouveaux. Les moments d’obscurité, d’échec et de péché également peuvent se transformer et annoncer un chemin nouveau. Lorsque nous touchons le fond de notre misère et de notre faiblesse, le Christ ressuscité nous donne la force de nous relever. Si nous nous confions à lui, sa grâce nous sauve ». De plus, le Christ nous fait tenir debout dans un monde de violence. Il nous permet d’arrimer l’ancre de notre vie à l’espérance. Dans un monde où l’avenir est incertain, le don de l’espérance est un magnifique cadeau de Dieu. Le Ressuscité vient nous dire que l’amour est plus fort que la violence, que la haine et que la mort. Il y a trois semaines, à Bagdad, j’ai vu combien c’était cette foi en la résurrection du Christ qui faisait tenir les communautés chrétiennes iraquiennes dans l’espérance.

Plus près de nous, les baptisés de Pâques (101 cette année pour notre diocèse) nous confient combien leur rencontre avec le Christ, leur contact avec l’Écriture, et l’accueil du Saint Esprit ont transformé leur vie. Ils nous disent : nos yeux se sont ouverts. Nous ne voyons plus notre vie comme avant. Ils ont expérimenté la présence du Ressuscité.

Frères et sœurs, laissons-nous, nous aussi, rencontrer ce matin par le Ressuscité. Laissons-nous être renouvelés par lui. À la suite des apôtres, témoignons qu’il vient créer du neuf dans nos vies et dans notre monde. Oui, en sa résurrection et dans le don de son Esprit, le Seigneur vient faire toutes choses nouvelles. Accueillons dans la joie l’événement de Pâques ! Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

Crédit image : Le repas d'Emmaüs, Matthias Stom (Wikicommons - Domaine public)

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