“Jésus nous invite à être porteurs de son Évangile et de participer à son combat spirituel.”

Mgr Bertrand LACOMBE garde avec les vicaires généraux toutes leurs responsabilités actuelles. Mgr LE VERT aura dans le diocèse des missions que je lui confierais tout en ayant d’autres activités nationales et d’autres engagements en dehors. Bordeaux sera en quelque sorte son port d’attache.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Homélie prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, lors de la Messe chrismale célébrée en la cathédrale Saint-André le Lundi saint 26 mars 2018.

Chers frères et sœurs,

 

Une des questions que l’on peut se poser en écoutant cet évangile de Luc est la suivante : pourquoi passe-t-on d’un début si prometteur du ministère de Jésus dans la synagogue de Nazareth à une fin si tragique. Luc nous dit : « tous avaient les yeux fixés sur lui » et il ajoute : «Tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Lc 4, 22). L’Apocalypse de Saint Jean, au contraire, met sous nos yeux le Crucifié : « Tout œil le verra, ils le verront ceux qui l’ont transpercé et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre ». Pourquoi passe-t-on de l’admiration à la lamentation, de l’enthousiasme du début au drame de la croix ? Jésus se serait-il trompé de stratégie, aurait-il manqué de conseillers en communication ? Un bon « coaching » lui aurait-il épargné une aussi tragique déconvenue ?

 

Pourtant le message de Jésus est exaltant. Il est vraiment une bonne nouvelle. Actualisant la prophétie d’Isaïe, Jésus vient communiquer aux hommes, aux pauvres en particulier, une puissance de bénédiction, d’illumination, de libération et de guérison. Il veut manifester la tendresse du Père, dire à chaque homme qu’il est aimé et que sa vie peut être transformée par cet amour. Il annonce « une année favorable accordée par le Seigneur ». Son message est positif, dynamisant, répondant à une attente secrète du cœur de l’homme. On comprend que les disciples se soient attendus à un succès populaire et à un bon accueil de la part de tous. Or, la parole de Jésus va susciter de fortes oppositions, d’abord à Nazareth, là-même où il avait été élevé. On le jettera hors de la ville, cherchant à le mettre à mort, signe annonciateur d’une autre exclusion « hors de la ville », celle qui le mènera au Calvaire.

 

Jésus sait qu’il apporte le salut aux hommes, qu’il leur offre une plénitude de vie, mais il sait aussi que l’accueil de ce salut appelle une ouverture du cœur, un libre choix, une conversion. Or, le cœur de l’homme peut se fermer à cette invitation de Dieu. Pour Jésus l’annonce de l’Évangile est aussi un combat spirituel, un combat contre toutes ces forces du mal qui ont une emprise sur les hommes. Jésus dénonce la violence de l’égoïsme, de l’indifférence, de la haine, de la cruauté, du terrorisme aveugle, de la peur de l’autre, du mal et de la méchanceté qui blessent les relations entre les êtres. C’est pour libérer l’homme de la puissance du péché, de la séduction du Mal et du Malin, que Jésus livre, dans sa passion, ce combat, les mains nues, avec les seules forces de son amour. Il demande à ses disciples de livrer, à leur tour, ce combat avec lui. En ressuscitant, il manifeste qu’en lui on sort vainqueur de ce combat : « Gardez courage, j’ai vaincu le monde ! » (Jn 16, 33).

 

Jésus demande à ses disciples, et donc à nous aujourd’hui, tout à la fois d’être porteurs de son Évangile et de participer à son combat.

 

Nous sommes invités tout d’abord à être les témoins de son amour. Les huiles que nous allons bénir et les onctions qui seront faites avec elles sont le signe de la tendresse et de la miséricorde du Seigneur qui veut rejoindre l’homme dans sa fragilité et sa réalité la plus quotidienne. Nous savons combien l’amitié avec Jésus, l’accueil de sa présence et l’écoute de sa Parole transforment la vie. Les catéchumènes que nous accompagnons vers le baptême à Pâques nous disent combien par leur rencontre avec le Christ leur vie a changé : « Nous ne voyons plus les choses comme avant, nos yeux se sont ouverts » nous disent-ils. Notre synode diocésain nous invite à témoigner de ce qu’est l’expérience chrétienne. Cela implique que nous puissions tout d’abord nous dire ce que c’est que vivre en chrétien ? Comment cela dessine une figure originale, répond à des appels dans le monde aujourd’hui ? Quel art de vivre pour notre temps ? Ne faut-il pas préciser ce que peut être un éco-système pour vivre en chrétien ? Il y a là une recherche passionnante où chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, où chaque génération a quelque chose de décisif à offrir aux autres. Tout ce qui nous permet de grandir en humanité peut être offert à tous et élaboré avec tous. Nous sommes là devant une aventure profondément spirituelle et missionnaire !

 

Mais le Seigneur nous invite aussi au combat spirituel. Saint Paul l’avait compris. Lui qui est l’évangélisateur par excellence, il écrit : « Revêtez l’armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n’est pas à l’homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. Saisissez donc l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais, vous puissiez résister et demeure debout, ayant tout mis en œuvre. » (Eph. 6, 11-13). Ne soyons pas surpris que notre message ne soit pas spontanément reçu, que la conversion dans nos propres vies et dans celles de nos communautés ecclésiales ne soit pas achevée, mais qu’elle rencontre des obstacles. Pas d’évangélisation sans passage par la croix, sans combat contre toutes les formes du mal en nous et autour de nous. L’épître aux Hébreux nous exhorte avec vigueur à un tel combat : « Rejetons tout fardeau et le péché qui sait si bien nous entourer, et courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les regards fixés sur celui qui est l’initiateur de la foi et qui la mène à son accomplissement, Jésus…Recherchez la paix avec tous, et la sanctification sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Veillez à ce que personne ne vienne se soustraire à la grâce de Dieu ; qu’aucune racine amère ne se mette à pousser, à causer du trouble et à infecter ainsi la communauté. » (Heb. 12, 1-2, 14-15). N’oublions pas qu’à travers l’onction d’huile, que ce soit le Saint Chrême, l’huile des catéchumènes ou celle pour les malades, c’est bien la force de son Esprit que Dieu veut nous donner. Comme dit Saint Paul, le Seigneur nous équipe pour le combat (cf. Eph. 6, 10-17) !

 

Frères et sœurs, vivons les jours de la passion en union profonde avec le Christ. En le contemplant, puissions-nous marcher sur ses traces (cf. 1 Pi. 2, 21). Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+