Jean-Marie et Patrick, n’ayez pas peur de « faire œuvre d’évangélistes » !

« Faire œuvre d’évangéliste », c’est faire pressentir la joie d’entrer dans cette expérience, c’est l’annoncer, la faire découvrir, aider à entrer dans l’écoute d’une Parole, c’est conduire jusqu’au Christ. 

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Homélie prononcée par Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, à l'occasion de l'ordination au diaconat de Jean-Marie Perrier et Patrick Lepault, ce dimanche 17 juin, en la cathédrale Saint-André de Bordeaux.

Cher Jean-Marie,

Cher Patrick,

 

Vous êtes ordonnés dans la grâce d’un synode diocésain. En effet, votre ordination se situe au moment-même où notre Église diocésaine, qui vient de célébrer son synode, veut se mettre en état de mission. Tous les baptisés sont invités à redécouvrir la dynamique de leur baptême et à devenir des disciples-missionnaires. Évêques, prêtres et diacres, nous sommes appelés à vivre plus intensément encore la dimension apostolique et missionnaire de notre ministère. Comme diacres, vous apportez une aide précieuse et originale à l’évêque et à son presbyterium dans le service du peuple de Dieu. Et au cœur de ce service, il y a l’annonce de l’Évangile.

 

« Fais œuvre d’évangéliste » (2 Tim. 4, 5) dit Paul à Timothée. Cette parole, j’ai envie de vous l’adresser à vous, Jean-Marie et Patrick, au moment où, au cœur de l’ordination, le Seigneur va vous envoyer en mission.

 

Qu’est-ce qu’un « évangéliste » ? C’est quelqu’un qui, fondamentalement, a fait l’expérience de l’Évangile et veut transmettre cette expérience. L’expérience de l’Évangile n’est pas d’abord l’acquisition d’un savoir ou l’apprentissage d’une éthique, c’est avant tout l’expérience d’une rencontre, la rencontre avec la personne du Christ, la rencontre avec celui qui nous offre son amitié, nous éclaire de sa Parole et nous donne l’aide de sa grâce. Avec le Christ, la vie change, l’existence a un sens. L’expérience d’être aimé par le Seigneur nous établit dans la confiance et fait grandir en nous le désir d’aimer l’autre, de l’accueillir, de l’aider, de le regarder avec bienveillance. Le Seigneur met en nous sa paix, fait de nous des artisans de fraternité, de réconciliation et, à certains jours, de pardon. « Faire œuvre d’évangéliste », c’est faire pressentir la joie d’entrer dans cette expérience, c’est l’annoncer, la faire découvrir, aider à entrer dans l’écoute d’une Parole, c’est conduire jusqu’au Christ. Que ce soit dans un ministère auprès des jeunes, dans l’accueil de ceux qui frappent à la porte de l’Église pour une demande religieuse, dans la rencontre de ceux qui manifestent un intérêt, parfois simplement culturel, pour notre patrimoine ecclésial, dans l’échange tout simple avec ceux et celles qui croisent votre route, soyez des témoins heureux de la joie de l’Évangile.

 

Ne vous laissez pas troubler par les difficultés de la tâche. A certains jours, vous pouvez avoir des appréhensions : les gens n’ont-ils pas des questions, voire des contentieux avec l’Église ? Celle-ci n’est-elle pas plus écran que vecteur pour l’évangélisation ? Que ces réflexions ne vous paralysent pas. Rappelez-vous que vous n’annoncez pas d’abord l’Église, mais le Christ. Regardez les catéchumènes qui demandent le baptême : ce qui marque leur vie, c’est leur rencontre avec le Christ. Ils ont goûté à la source. Ils se sont désaltérés à l’eau claire et rafraîchissante du puits. Que le seau soit un peu cabossé ou la margelle du puits usée par la corde sont pour eux des réalités secondes, pour ne pas dire secondaires. Ils ont trouvé le trésor enfoui dans le champ, la perle précieuse de grand prix, le Christ qui a touché leur cœur et c’est cela qui compte. En effet, à travers les paroles et la présence de ceux qui leur ont proposé l’Évangile et les ont guidés vers le baptême, ils ont perçu l’action du Seigneur. C’est lui qui, par son Esprit, s’est révélé à eux et est venu à leur rencontre. On ne peut vraiment « faire œuvre d’évangéliste » qui si l’on est convaincu que l’on est au service du Seigneur, que nous sommes ses serviteurs et que c’est lui qui agit et touche les cœurs. Chers Jean-Marie et Patrick, rappelez-vous ces paroles de l’apôtre Paul qui dit aux Corinthiens : « Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui fait croître. Ainsi ni celui qui plante n’est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître.  Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux ; et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail. Car nous sommes les coopérateurs de Dieu. Vous êtes le champ que Dieu cultive, la maison qu’il bâtit » (1 Cor. 3, 6-9). C’est très réconfortant de se dire que c’est le Seigneur qui est à l’œuvre, qui soutient notre action et la rend féconde. Oui, Jean-Marie et Patrick, n’ayez pas peur de « faire œuvre d’évangélistes » !

 

Si le ministère de diacre comme « évangéliste » est profondément personnel, il n’est pourtant pas une aventure individuelle. On n’évangélise pas tout seul dans son coin. On le fait avec d’autres ministres, l’évêque et son presbyterium, mais aussi au sein d’une communauté chrétienne. Cette exigence communautaire n’a pas qu’une fonction utilitaire (il faudrait s’entraider pour la mission). Elle a une dimension profondément évangélique. Elle est signe de cette fraternité qui unit les disciples du Christ, de cette communion entre tous les membres de l’Église qui est un don de Dieu. Patrick et Jean-Marie, accueillez cette communion comme un cadeau du Seigneur et soyez artisans de fraternité autour de vous.

 

Soyez artisans de fraternité avec les prêtres, en particulier ceux avec qui vous collaborerez, mais aussi avec tout le presbyterium diocésain (cf. Lumen Gentium, n° 29). Certains prêtres ne sont pas toujours au clair sur le ministère diaconal. Ne vous en étonnez-pas. L’inscription dans la vie de l’Église du renouveau du diaconat est relativement récente, or c’est toujours dans une assez longue durée que les réalités s’inscrivent dans l’horizon ecclésial. Rappelez-vous que c’est surtout quand vous collaborerez ensemble dans un véritable dynamisme missionnaire, qu’il vous sera donné de découvrir la complémentarité de vos ministères de prêtre et de diacre.

 

Soyez aussi artisans de fraternité entre diacres. Vous êtes divers, les diacres, par vos âges, votre situation familiale, par votre profession ou votre entrée dans la retraite, par vos parcours et vos expériences ecclésiales. On voit apparaître des générations différentes de diacres, comme on le voit aussi chez les prêtres….ou chez les évêques. Cette diversité doit être portée par un choix plus décidé encore de la fraternité. Soyez fidèles à partager votre ministère diaconal dans les petites fraternités diaconales qui vous sont ou seront proposées.

 

Soyez aussi artisans de fraternité au sein du Peuple de Dieu et à l’intérieur des communautés chrétiennes auxquelles vous appartenez. Là aussi la grande diversité qui marque notre Église est sa richesse mais peut être source parfois de tensions et de divisions. Pourtant le Christ nous a rappelé que l’amour que nous devions avoir les uns pour les autres est le signe fondamental que notre mission vient bien de Dieu : « C’est à ce signe de cet amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que c’est moi qui vous ai envoyés » dit le Seigneur (cf. Jn 17, 21). Il revient traditionnellement aux diacres de faire le lien, le trait d’union entre le chœur et l’assemblée, d’apporter la paix, de faire finalement tout un travail de médiation, de rapprochement des esprits et des cœurs, de concorde et de communion. Patrick et Jean-Marie, je sais que l’Église pourra compter sur vous pour être ces artisans de concorde et de fraternité.

 

En terminant cette homélie, je voudrais remercier vos familles et tout particulièrement vos épouses de leur acceptation de cet appel de l’Eglise qui aujourd’hui va faire de vous des diacres. Sacrement de mariage et sacrement de l’ordre doivent s’ajuster mutuellement. Certes, le ministère diaconal est conféré à vos maris, Béatrice et Marie-Frédérique, mais vous percevez bien qu’ils ne pourront le porter qu’avec vous. Je suis sûr que vous saurez participer avec les charismes qui sont les vôtres à la mission d’évangélisation et de communion fraternelle qu’ils vont recevoir maintenant. Au nom de l’Église, soyez-en profondément remerciées. Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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