Être disciple-missionnaire à la manière de Charles de Foucauld

Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel (Charles de Foucauld)

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Homélie de la messe en l'honneur du bienheureux Charles de Foucauld, prononcée par le cardinal Jean-Pierre Ricard, le dimanche 4 décembre 2016, en l'église du Sacré-Cœur à Bordeaux.

 

Chers frères et sœurs,

 

À la suite des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, le pape François nous a rappelé que l’évangélisation, la mission, n’était pas matière à option pour un chrétien. Tout baptisé doit être apôtre, témoin. Le pape François parle de « disciples-missionnaires ». Il écrit dans son exhortation La Joie de l’Évangile : « 120. En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (cf. Mt 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation… Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires » ». Vous savez que cette réflexion sur l’importance d’être aujourd’hui des disciples-missionnaires est au cœur du questionnement de notre synode diocésain. Et je crois que c’est une grande grâce d’approfondissement pour notre réflexion sur la mission que de nous mettre aujourd’hui à l’écoute du bienheureux Charles de Foucauld. Il a vécu et il vient nous dire des choses fondamentales. J’en relève quelques-unes :

La mission n’est pas d’abord une affaire de stratégie ou de marketing par laquelle on voudrait placer un produit. Elle est avant tout une passion, une question d’amour. Le Père de Foucauld n’a pas fait beaucoup de conversions ni de baptêmes. Il sait que l’heure n’est pas encore venue pour la moisson. Mais il aime ce peuple touareg au milieu duquel il vit et qu’il n’a pas voulu abandonner même à l’approche du danger. Il prie pour lui et le porte devant Dieu. Certes, il ne l’idéalise pas. Il sait en voir les défauts et les fautes. Mais il aime ces hommes et ces femmes et souhaite qu’un jour ils puissent s’ouvrir à la lumière de l’Évangile.

 

Charles de Foucauld sait que, si le témoignage explicite est nécessaire, il faut parfois lentement et longuement préparer les chemins du Seigneur, comme l’a fait Jean-Baptiste envers Jésus. Le service, l’hospitalité, le partage, la proximité préparent ce chemin à l’Évangile. Le Père de Foucauld est habité par cette conviction que l’évangélisation ne se fait pas par prosélytisme mais, comme dit le pape François, par contagion, par attraction. C’est l’amour fraternel, la compassion, l’attention aux autres qui ouvrent les cœurs. Ses contemporains ne s’y sont pas trompés. Si on a pu donner au Père de Foucauld le beau nom de « frère universel », c’est que beaucoup ont senti en lui cette qualité de cœur dans la vie la plus quotidienne. C’est d’ailleurs lui qui avait été à l’origine de cette appellation. En 1902 il écrivait à sa cousine : « Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel ». Il écrit quelques mois avant sa mort : « Il faut nous faire accepter des musulmans, devenir pour eux l’ami sûr, à qui on va quand on est dans le doute ou la peine ; sur l’affection, la sagesse et la justice duquel on compte absolument. Ce n’est que quand on est arrivé là qu’on peut arriver à faire du bien à leurs âmes ».

 

Pour lui, la mission implique la connaissance de l’autre, des autres, de leur culture, de leur langue, de leur mentalité. Il veut devenir familier de ceux au milieu duquel il vit. Il écrit un dictionnaire touareg-français. Il récolte des données et des traditions de la culture de cette population du Hoggar. Il sait qu’une approche d’évangélisation peut exiger un long compagnonnage et une lente familiarisation avec ceux que l’on rejoint.

 

C’est dans la célébration de l’Eucharistie et dans l’adoration eucharistique que le Père de Foucauld puise cet amour qu’il porte à son peuple. On sait combien la célébration de la messe était vitale pour lui. Il a offert sa souffrance au Seigneur de ne pas pouvoir la célébrer quand il s’est retrouvé seul, sans servant, jusqu’à ce qu’il reçoive l’autorisation venant de Rome de pouvoir la célébrer, même tout seul. L’adoration eucharistique a été également extrêmement importante pour lui. Il contemple le Christ et s’unit au sacrifice du Christ qui s’offre au Père pour tous les hommes. Vie eucharistique et mission ont toujours été profondément liées dans l’Église. Un renouveau de vie eucharistique (célébration et adoration) amène toujours un plus grand dynamisme missionnaire et un renouveau apostolique fait découvrir encore plus clairement la source d’où il procède, la vie eucharistique. Je suis très heureux qu’une chapelle consacrée au Père de Foucauld le soit dans cette église du Sacré-Cœur qui a souhaité proposer sur Bordeaux ces dernières années l’adoration eucharistique perpétuelle.

 

Enfin, notre bienheureux vient nous rappeler que la fécondité de la mission a partie liée au don de soi. Toute sa vie est un témoignage particulièrement fort rendu à cette parole du Christ dans l’Évangile : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd; et qui hait sa vie en ce monde la conservera en vie éternelle. Si quelqu'un me sert, qu'il me suive, et où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera » (Jn 12, 24-26). Nous voyons combien la vie du Père Charles de Foucauld est donnée. Elle le sera jusqu’au martyre, où il sera amené à s’unir à la passion de son Seigneur, pour ce peuple qu’il n’a pas voulu abandonner, au risque même de sa propre vie. Cette mort, il s’y est préparé. Il écrivait : « Si je pouvais un jour être tué par les païens, quelle belle mort ! Mon bien cher frère, quel honneur et quel bonheur, si Dieu voulait m’exaucer ». Il sera tué par une bande armée, qui voulait piller le fortin dans lequel il était. Et on trouvera près de lui dans le sable une hostie consacrée. Charles de Foucauld a été uni au Christ dans sa mort pour l’être dans sa résurrection.

 

Nous pouvons nous demander ce matin : qu’en est-il pour nous ?

 

  • avons-nous cette passion de témoigner de l’Évangile ?
  • quel amour des gens nous habite-t-il ?
  • comment sommes-nous au service les uns des autres ? Sommes-nous des frères universels ? Avons-nous un cœur hospitalier, accueillant, miséricordieux ?
  • savons-nous écouter, comprendre ceux que nous rencontrons, même s’ils nous déconcertent ? Savons-nous entrer dans la patience et l’espérance de Dieu ?
  • quelle place a dans nos vies la célébration eucharistique, l’adoration, l’amour de l’eucharistie ?
  • comment entrons-nous au jour le jour dans cette dynamique du don de nous-mêmes ?

 

Le temps de l’Avent est vraiment ce temps de conversion qui nous est donné pour répondre personnellement à ces questions. N’hésitons pas à demander dans la prière au bienheureux Charles de Foucauld d’entrer dans son acte d’abandon et de confiance pour la mission. Amen.

 

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

 

 

 

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