Dieu vient à notre rencontre sur les chemins de la mission.

Ces catéchumènes qui vont être baptisés sont très heureux d’être accueillis ce soir par l’Église et d’en faire, avec leur baptême, pleinement partie. Ne les décevons pas.

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Homélie de la Veillée pascale et de la messe de la Résurrection, prononcée le samedi 15 avril 2017 en l'église de Saint-Quentin de Baron par le cardinal Jean-Pierre Ricard.

Chers amis,

 

Dieu vient toujours quand on ne l’attend pas ou quand on ne l’attend plus. Jésus est mort. Il a été mis au tombeau. L’affaire est terminée. Un rêve vient de s’achever. Et on comprend que des disciples, pleins de tristesse et de désillusion, rentrent chez eux et prennent la route d’Emmaüs. Des femmes viennent au tombeau, Marie de Magdala et l’autre Marie. Saint Matthieu nous dit : « (Elles) vinrent pour regarder le sépulcre ». Elles n’ont pas fait encore leur travail de deuil et elles viennent près du tombeau pour exprimer leur peine et leur affection.

 

Au moment, où elles ne s’y attendent pas, voici que Dieu va faire irruption dans leur vie, sous la forme de l’Ange du Seigneur qui vient les inviter à la confiance et à l’accueil de ce message inouï : le Crucifié est ressuscité, comme il l’avait dit. Il n’est plus prisonnier de la mort. Le tombeau est vide. Il va se donner à rencontrer : « Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez ». Et de fait, les femmes vont avoir une apparition du Ressuscité avant d’aller proclamer à tous les frères la Résurrection du Seigneur.

 

Je voudrais faire quatre remarques sur cet évangile de la résurrection chez Saint Matthieu :

 

L’évangéliste nous présente la résurrection de Jésus comme une scène de jugement, qui révèle le secret des cœurs. Les soldats, hostiles à Jésus, vont être saisis de crainte et seront comme morts alors que les femmes sont invitées à la confiance, à la foi et à la joie. Ceux qui suivent Jésus et croient en lui n’ont pas à avoir peur. Leur cœur peut être en paix. La joie, la paix et la confiance sont les cadeaux que le Christ ressuscité offre aux siens. Puissions-nous les accueillir ce soir.

 

La première annonce de la résurrection se fait aux femmes. Ceci n’est pas sans signification. Ce sont les femmes qui dans l’Évangile posent souvent les bonnes questions. Ce sont elles qui pressentent le mystère de Jésus. Alors que tous les disciples se sont enfuis (sauf le disciple bien-aimé), ce sont elles que nous trouvons au pied de la croix. Marie de Magdala sera la première à voir le Ressuscité. A juste titre, on a pu lui donner le beau titre « d’apôtre des apôtres ». Oui, la place des femmes est vraiment à souligner dans l’Évangile.

 

Dieu vient toujours en son temps. Il vient à son heure. Son heure n’est pas toujours la nôtre, celle où nous l’attendions, celle où nous lui avions donné rendez-vous. Comme Dieu ne semble pas au rendez-vous, notre foi risque de vaciller. Jésus avait invité ses disciples à la confiance. Il leur avait parlé de sa résurrection. Mais devant l’expérience trop éprouvante de la mort de Jésus, la foi des disciples s’effrite. Pourtant Dieu est fidèle. Il tient parole. Il est le fondement de notre espérance, même quand les espoirs humains semblent manquer. J’ai constaté cette foi et cette confiance dans ces communautés chrétiennes orientales visitées lors d’un voyage récent à Bagdad.

 

Enfin, le Seigneur donne des rendez-vous à ses disciples : le Ressuscité les précède en Galilée. C’est là qu’ils le verront. Les premières communautés chrétiennes témoigneront de ces lieux où elles ont senti la présence du Ressuscité, les signes de son action parmi nous, la manifestation de cette vie nouvelle qu’il communique aux siens.

 

Ces lieux sont triples :

 

L’écoute de l’Écriture lue comme Parole de Dieu. C’est l’expérience que font les disciples d’Emmaüs au contact du voyageur mystérieux qui leur commente les Écritures pour éclairer le mystère de Jésus. Ils diront : « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). Aujourd’hui aussi, si nous nous mettons à l’écoute de la Parole de Dieu dans la lecture de l’Écriture, nous sentirons le Seigneur venir à nous, nous parler, nous éclairer, nous faire signe, venir nourrir notre foi. Chers catéchumènes, si vous êtes là ce soir au milieu de nous, c’est parce que, vous aussi, vous avez eu le cœur touché par le Seigneur. Frères et sœurs, nourrissons notre foi du pain de l’Écriture. Elle en sera fortifiée. Saint Jérôme nous dit : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ! ».

 

L’Eucharistie. Jésus avait dit à ses apôtres le soir du jeudi saint : « Faites cela en mémoire de moi ». Quand nous refaisons les gestes de Jésus, la fraction du pain et le don de la coupe de vin, nous n’évoquons pas un souvenir ancien qui s’éloignerait dans le temps. Avec les premiers chrétiens, nous croyons que c’est le Christ qui, aujourd’hui, nous invite à sa table, préside le repas et nous donne sa vie. A travers ce pain et ce vin, que vous allez recevoir pour la première fois, chers futurs baptisés, c’est le Seigneur lui-même que vous recevez. N’a-t-il pas dit à ses disciples : « Celui qui m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera. Nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23) ?

 

 

La rencontre des frères. Les disciples de Jésus sont invités à se rendre en Galilée. C’est là qu’ils verront le Ressuscité. La Galilée ne désigne pas seulement ce territoire, au nord de la Terre sainte, d’où Jésus est originaire. Elle a une dimension symbolique. C’est un territoire mêlé, où il y a beaucoup de païens. On l’appelle d’ailleurs « la Galilée des nations », c’est à dire des nations païennes. C’est déjà toute la mission auprès des païens qui se dessine ici. C’est quand ils annonceront le Christ que Jésus se rendra présent à ses disciples et qu’il mettra une flamme dans leur cœur. Aujourd’hui encore, quand nous témoignons du Seigneur, quand nous parlons de notre foi, Jésus la réchauffe et la renforce. Nous sentons alors que le Ressuscité est venu à notre rencontre sur les chemins de la mission. N’hésitez pas à partager votre foi. Quand on partage son argent, il diminue. Quand on partage sa foi, elle augmente.

 

Frères et sœurs, ces catéchumènes qui vont être baptisés sont très heureux d’être accueillis ce soir par l’Église et d’en faire, avec leur baptême, pleinement partie. Ne les décevons pas. Que le Seigneur fasse de vous tous une communauté fraternelle, heureuse d’être convoquée par le Christ ressuscité et joyeuse de témoigner de l’espérance de Pâques. Amen.

 

+ Jean-Pierre cardinal RICARD

Archevêque de Bordeaux

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