“La route vers la sainteté n'est pas une marche solitaire”

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Homélie de la fête de tous les saints, prononcée le 1er novembre 2013 par Mgr Jean-Pierre Ricard, en la cathédrale Saint-André à Bordeaux

Chers frères et sœurs dans le Christ,

La vie chrétienne est un chemin, un chemin que l’on prend, avec le Christ comme compagnon de route et l’Evangile comme boussole. C’est une marche dans la foi, dans l’amour et dans la sainteté. En effet, nous sommes invités à vivre au jour le jour avec l’esprit des Béatitudes. Ces béatitudes que Jésus proclame dans l’Évangile sont comme autant de facettes d’une attitude fondamentale qui est celle de la pauvreté spirituelle. Celle-ci, qui est exprimée dans la 1ère béatitude mais qui résume en fait toutes les autres, désigne fondamentalement l’ouverture du cœur, l’ouverture du cœur à Dieu dans la foi, la confiance, la remise de tout soi-même entre les mains du Seigneur, et l’ouverture du cœur aux autres dans l’amour, la douceur, la paix, la bienveillance, le soutien mutuel, la réconciliation et le pardon. Voilà la route de la sainteté qui nous est tracée. C’est elle qui nous est rappelée aujourd’hui. Voilà la marche qu’implique la suite du Christ.

Mais cette marche n’est pas une marche en solitaire, un sentier de grande randonnée spirituelle que l’on explorerait tout seul. C’est une marche en peuple, en communauté de destin. C’est en faisant communauté avec le Maître et communauté entre eux que les apôtres apprennent à devenir disciples du Christ.

“Leur vie tout entière devient un dialogue permanent avec ce Dieu vivant qui est devenu leur appui et leur ami”

Nous avons à nous entraider fraternellement dans cette marche. Au moment où le chemin se fait plus dur, la pente trop forte, la lassitude pesante, au moment où nous aurions envie d’arrêter la route et de nous asseoir au bord du chemin, il est bon de sentir une main fraternelle, une voix chaleureuse, une présence amicale qui nous invitent à repartir. Pour moi, c’est cela la communion des saints, cette communion que nous célébrons en cette fête de la Toussaint.

Il y a bien sûr le témoignage des saints qui sont aujourd’hui dans la gloire de Dieu, ces saints et ces saintes qui ont marqué par la force de leur foi et de leur amour l’histoire des hommes. Ils nous aident aujourd’hui encore. Comme le dit une de nos préfaces : « Par l’exemple qu’ils ont donné, (Seigneur), tu nous encourages, par leur enseignement, tu nous éclaires ; à leur prière, tu veilles sur nous ». Je pense à Saint François d’Assise, dont le pape François a souligné récemment toute l’actualité, mais aussi à Sainte Thérèse d’Avila, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Edith Stein morte à Auschwitz, les bienheureux Jean XXIII et Jean-Paul II qui vont être bientôt canonisés. Il y a aussi ces saints qui ont vécu en terre girondine et qui ont été béatifiés ou canonisés ces dernières années : le Père Chaminade fondateur de la congrégation des Marianistes, Saint Louis Beaulieu, martyr en Corée à 26 ans, Sœur Marie-Céline de la Présentation, jeune clarisse morte à 19 ans, Jean-Joseph Lataste, l’apôtre des prisons. Tous ont un trait commun : ils croient en Dieu d’une manière inconditionnelle, que rien, pas même les pires échecs, ne pourra décourager. Et leur vie tout entière devient un dialogue permanent avec ce Dieu vivant qui est devenu leur appui et leur ami. Ils sont une aide pour nous. Ils nous tirent en avant. Le Concile Vatican II souligne cette communion profonde entre l’Eglise qui est au ciel et l’Eglise qui est en pèlerinage sur cette terre : « Etant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Eglise en sainteté…ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur cette terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (cf. 1 Timothée 2, 5), servant le Seigneur en toutes choses et complétant dans leur chair ce qui manque aux souffrances du Christ en faveur de son corps qui est l’Eglise (cf. Colossiens 1, 24). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité » (Constitution sur l’Eglise, n° 49).

Mais il y a aussi tous ces frères et sœurs dans la foi qui ont croisé notre route et nous ont soutenus  dans notre vie chrétienne. Nous pouvons penser à eux et faire mémoire d’eux devant le Seigneur dans cette eucharistie. Nous nous confions à eux et nous rendons grâce à Dieu pour le soutien que nous avons trouvé auprès d’eux. Ils font partie de cette foule immense  que nul ne peut dénombrer, dont nous parle le livre de l’Apocalypse. Rappelons-nous qu’il y a une communion dans l’amour qui ne s’arrête pas aux portes de la mort mais qui se poursuit en Dieu. Comme dit saint Paul : « l’amour ne passera jamais » (1 Cor. 13, 8).

Mais, un des fruits de la communion des saints, ce n’est pas seulement l’aide que nous pouvons recevoir, c’est aussi celle que nous sommes invités à apporter. Les autres ont besoin de nous. Dans cette marche à la suite du Christ et avec lui, il y a toujours un moment où la flamme de l’autre nous est nécessaire pour rallumer la lampe de notre foi. Dieu ne nous abandonne pas. Il met des frères et des sœurs sur notre route. Il fait de nous des frères et des sœurs sur le chemin des autres. La communion des saints instaure cet échange mystérieux entre les hommes. Léon Bloy écrivait en 1916 : « Tel mouvement de la Grâce qui me sauve d’un péril grave a pu être déterminé par tel acte d’amour accompli ce matin ou il y a cinq cents ans par un homme très obscur de qui l’âme correspondait mystérieusement à la mienne et qui reçoit ainsi son salaire ».

Cette aide, que nous nous apportons, peut prendre la forme de la prière, prière pour les vivants et pour les morts, pour ceux qui nous sont proches, pour les grandes intentions de l’Eglise et du monde mais aussi pour ceux qui nous ont quittés. C’est peut-être parce que cette forme de communion dans la prière a beaucoup moins de place dans notre société que se développent ces dérives inquiétantes que sont les pratiques spirites ou occultes du contact avec les morts. Si on laisse en friche le champ de cette communion avec les défunts, il n’est pas étonnant qu’on y voie foisonner toutes sortes de mauvaises herbes.

Mais cette aide est aussi celle de l’amour, de l’entraide, de la compassion, du soutien dans la foi. Nous nous aidons dans cette marche à la suite du Christ. Cela implique que nous récusions une vue très individualiste de la vie chrétienne, comme si celle-ci ne concernait que  chacun d’entre nous et pouvait être vécue sans faire attention aux autres. Non, nous sommes embarqués dans le même bateau et solidaires les uns des autres. Comme le disait Sainte Elisabeth de la Trinité : « Toute âme qui s’élève élève le monde ». Dans sa catéchèse, mercredi dernier, le pape François disait : « : notre foi a besoin du soutien des autres, spécialement dans les moments difficiles. Si nous sommes unis, notre foi se fortifie. Comme il est beau de nous soutenir les uns les autres dans cette merveilleuse aventure de la foi !....Dans cette communion – communion veut dire ‘union commune’ – nous sommes une grande famille, nous tous, où tous les membres s’aident et se soutiennent entre eux ».

Que cette fête de la Toussaint nous fasse vraiment redécouvrir l’importance de la communion des saints. Elle est vraiment un fruit de la tendresse de Dieu pour nous !

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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