“ Paul, n’aie pas peur d’avancer aujourd’hui ”

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Homélie de Mgr Ricard, prononcée lors de la messe d'ordination au diaconat de Paul Roussy, en l'église Notre Dame de Talence, le dimanche 17 novembre 2013.

Cher Paul,

Chers frères et sœurs dans le Christ,

À plus d’un titre, le diaconat est à l’honneur aujourd’hui dans cette paroisse de Talence. Paul va être, au cours de cette eucharistie, ordonné diacre en vue du presbytérat, qui devrait lui être conféré l’année prochaine. Mais son père, ici présent, est diacre permanent du diocèse d’Aire et Dax. Le dimanche 22 décembre, je reviendrai sur ce secteur pour l’institution aux ministères de lecteur et d’acolyte de Monsieur Hervé Boutineau, qui devrait, lui-même, être ordonné diacre permanent en juin prochain. Et enfin, Monsieur André Fresch sera admis le 7 décembre prochain parmi les candidats au diaconat permanent. Avouez que cela vaut vraiment la peine, ce soir, de parler du diaconat, de la signification et de la place de ce ministère dans l’Eglise, surtout à un moment où nous venons de fêter le 50ème anniversaire de la décision du concile Vatican II de rétablir dans l’Eglise le diaconat comme ordre permanent.

“Savez-vous ce qu’est le diacre ? C’est le pied mis en travers de la porte pour éviter qu’elle ne se ferme”

À quoi servent les diacres ? A quoi sert un diacre dans l’Eglise. Bien sûr, on peut répondre à cette question en énumérant un certain nombre d’activités que remplit le diacre : prêcher, baptiser, marier, assister le prêtre à l’autel, ou bien présider la prière de l’Eglise dans certaines  circonstances. On peut aussi apporter une réponse plus théologique : on rappellera que le mot diacre signifie « serviteur » et que, de fait, le diacre est signe de la présence dans l’Eglise du Christ Serviteur, de Celui « qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir ». Tout cela est juste mais ne va pas au cœur de la signification profonde du ministère diaconal. En effet, ce que je viens d’énumérer pourrait donner à penser que le diaconat, finalement, n’est qu’un ersatz trouvé pour aider les prêtres en période de baisse des vocations sacerdotales. On ne perçoit pas alors en quoi ce ministère est original, en quoi il est vital aujourd’hui pour l’Eglise.

Pour vous aider à saisir l’enjeu du ministère diaconal, je vais prendre une image qui n’est pas de haute volée théologique, qui est empruntée à la vie la plus quotidienne, mais qui me paraît particulièrement riche en significations et en résonances. Savez-vous ce qu’est le diacre ? C’est le pied mis en travers de la porte pour éviter qu’elle ne se ferme. Le seuil d’une maison est un lieu de passage, un lieu où l’on entre et un lieu où l’on sort, à condition que la porte reste ouverte. La grande tentation de l’Eglise, la grande tentation de nos communautés chrétiennes, c’est de fermer les portes. On peut fermer les portes pour plusieurs raisons. On peut les fermer par peur du monde environnant, par peur de la société dans laquelle on vit, comme les apôtres dans la chambre haute après la mort de Jésus. L’Eglise se pense alors comme un bastion assiégé qui s’enferme dans ses murs ou dans ses réseaux. On peut fermer les portes aussi par rétrécissement des horizons : la communauté chrétienne se replie alors sur sa vie interne, ne pense qu’à la bonne marche de ses services et se referme sur ses pratiquants réguliers. Les catholiques parlent aux catholiques. La tribu s’enferme dans ses propres fonctionnements, ses habitudes ou son ronron quotidien. Le pape François a dénoncé cette maladie de l’Eglise. Il la compare à la femme recourbée sur elle-même dont parle l’évangéliste Luc. Finalement, cette femme ne regarde que son propre nombril. Heureusement, le Christ va la guérir. Elle va relever la tête et va pouvoir regarder l’autre, les autres. C’est aux autres, en effet, que l’Eglise est envoyée. Comme l’avait rappelé le pape Paul VI dans son exhortation sur l’Evangélisation : l’Eglise n’a pas sa raison d’être en elle-même. Elle n’existe que pour être envoyée, que pour porter l’Evangile aux hommes et aux femmes de son temps. Ses portes doivent rester ouvertes. Elle doit accueillir et elle doit sortir.

Elle doit accueillir, être présente à ceux qui frappent à sa porte, dialoguer avec eux, leur offrir le pain de la Parole et le pain de l’Eucharistie. Il lui faut être attentive à la diversité de ceux et de celles qu’elle accueille, à la diversité de leurs situations et de leurs demandes, à la diversité  de leurs milieux sociaux et de leurs cultures. Elle doit particulièrement être vigilante à accueillir les pauvres, les malades, ceux qui sont fragilisés par la vie. Le grand rassemblement de Diaconia 2013, que nous avons vécu à Lourdes en mai dernier, nous a alertés sur la difficulté d’entendre la parole des pauvres au sein de nos assemblées chrétiennes. Les diacres doivent être habités par cette passion de l’accueil et de l’écoute pour aider les communautés chrétiennes à être justement accueillantes à ceux qui frappent à leur porte. Les diacres ne sont pourtant pas que les hommes du seuil. Ils sont aussi les hommes de l’autel. S’ils veillent à l’ouverture des portes, ils veillent également à ce que tous soient conduits jusqu’à l’écoute de la Parole et à la célébration de l’Eucharistie, là où se révèle dans toute sa force l’amour de Dieu pour nous.

Mais l’Eglise, pour remplir sa mission, ne doit pas simplement être accueillante à ceux qui viennent à elle. Elle doit aussi aller à la rencontre de ceux qui sont loin d’elle et ne frappent plus à sa porte. Elle doit rejoindre ces « périphéries existentielles » dont parle le pape François. Les diacres, et en particulier les diacres permanents, par leur insertion professionnelle et familiale, par leur réseau de voisinage ou souvent leur appartenance à des associations, doivent aider une communauté chrétienne à rejoindre là où ils vivent les hommes et les femmes d’aujourd’hui.

Finalement un ministère diaconal bien vécu est vital pour l’Eglise. Il l’invite à garder vivante sa dynamique missionnaire, à servir le Seigneur qui lui confie aujourd’hui sa mission. Puissions-nous faire nôtre, chacun, ce que proclame Jésus dans la synagogue de Nazareth, reprenant des paroles d’Isaïe : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue,  renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur » (Lc 4, 18-19).

Paul, tu es particulièrement habité par l’annonce de cette Bonne Nouvelle. Le Seigneur t’a donné ce charisme d’une profonde attention aux pauvres. Ce charisme t’aidera à vivre ton diaconat et, plus tard, la dimension diaconale de ton ministère presbytéral. Au sein de cette paroisse et de ce secteur de Talence, apprends à découvrir les multiples visages de cette pauvreté. Il y a bien des façons d’être pauvre et d’être en attente de quelque chose, de quelqu’un, du Seigneur. Porte ce souci en Eglise. Signifier en actes cet amour du Seigneur appelle, bien sûr, un engagement personnel, mais ce n’est pas une aventure individuelle. Cet engagement se vit en Eglise. C’est ensemble, en communauté, que nous donnons visage au Seigneur.

Paul, n’aie pas peur d’avancer aujourd’hui. Le Seigneur sera avec toi. Il s’engage toujours avec nous dans la mission qu’il nous confie. Que Marie, la Vierge du Magnificat, te garde au jour le jour dans la confiance et l’action de grâce. Amen.

 

†  Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

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