TEMPS DU CARÊME : LÂCHEZ PRISE !

Quand le Seigneur entre dans nos existences, il ne vient pas les mains vides. Il transforme nos vies. Il rend brûlant notre cœur. Il ouvre nos yeux et nos oreilles. (Mgr Jean-Pierre Ricard)

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Dans cet édito du mois de Mars 2017, le cardinal Jean-Pierre Ricard nous invite à "prendre le temps de souffler [...] pour nous rendre disponible à Dieu et aux autres."

Au moment du Carême, on parle souvent d’ « efforts de Carême » ou de « résolutions de Carême ». Ce n’est pas faux. Si le Carême est un temps de pénitence et de conversion à l’Évangile, il doit bien se traduire par des décisions dans notre vie. Mais parler d’efforts ou de résolutions risque de nous faire penser que c’est nous qui sommes à la manœuvre et que c’est notre volonté qui est à la source de notre conversion. Ceci n’est pas une juste approche de la vie chrétienne. La vie chrétienne n’est jamais une initiative première de l’homme mais une réponse à l’initiative de Dieu. Saint Jean nous le rappelle clairement : « Voici ce qu’est l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d’expiation pour nos péchés » (1 Jn 4, 10). Vivre une réelle conversion à l’appel de l’Évangile est toujours un fruit du Saint Esprit, une action de Dieu dans notre vie. Ce que Dieu nous demande c’est de l’accueillir et de le laisser agir. Dans l’Apocalypse de Saint Jean, le Christ ressuscité nous dit : « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et nous mangerons en tête-à-tête, lui avec moi et moi avec lui » (Ap. 3, 20). Le Carême est fondamentalement ce temps où nous nous mettons à l’écoute du Seigneur, où nous voulons l’accueillir davantage dans notre vie pour qu’il fasse en nous sa demeure. Et quand le Seigneur entre dans nos existences, il ne vient pas les mains vides. Il transforme nos vies. Il rend brûlant notre cœur. Il ouvre nos yeux et nos oreilles. Comme disent les catéchumènes qui se préparent au baptême : « Nous ne voyons plus les choses comme avant ».

L’Évangile nous propose trois moyens de conversion : la prière, le jeûne et l’aumône. La tradition de l’Église nous les recommande au début de chaque Carême. Vous remarquerez que ces trois pratiques visent à faire du vide dans une vie surencombrée, à libérer un espace d’accueil pour que Dieu puisse davantage venir et agir en nous.

La prière

La prière ne se réduit pas à la récitation de formules de prière. Elle est cette attitude attentive et aimante devant Dieu, pour l’accueillir, l’écouter, lui confier notre vie. Prenons du temps pour Dieu, pour le prier, pour méditer, pour écouter sa Parole. C’est la lecture de l’Écriture qui nous permet de découvrir le vrai visage de Dieu, qui nous met sur la longueur d’onde de sa volonté. La Parole de Dieu ouvre nos yeux et nos oreilles, car souvent notre attention ou notre écoute sont sélectives. Dans son récent message de Carême, le pape François écrit : « La Parole de Dieu est une force vivante, capable de susciter la conversion dans le cœur des hommes et d’orienter à nouveau la personne vers Dieu. Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère ». Pourquoi ne pas profiter du Carême pour lire un évangile en entier ? Pourquoi ne pas renouer avec une pratique eucharistique plus régulière, si on l’a abandonnée ? Pourquoi ne pas venir accueillir le pardon de Dieu dans le sacrement de pénitence et de réconciliation ? Le pape François propose à toute l’Église de vivre « 24 heures pour Dieu », le 25 mars prochain. Pourquoi ne pas faire de ce jour un temps de rendez-vous avec le Seigneur ?

Le jeûne

Longtemps abandonné comme insignifiant, on redécouvre aujourd’hui de diverses manières l’importance du jeûne. Le jeûne sous la forme de la grève de la faim est l’expression d’une protestation. L’arme ultime de ceux qui ont essayé tous les recours possibles. Le jeûne réapparaît aussi comme moyen de retrouver un art de vivre, un équilibre personnel, une recherche d’harmonie avec son propre corps. Des régimes sont proposés avec leurs corollaires d’exigences et de promesses. En régime chrétien, le jeûne s’attaque à la tentation qu’a l’homme de vouloir combler un manque, à sa boulimie inconsciente de nourriture ou de biens. Cela peut concerner la nourriture, la boisson, le tabac, la soif de consommation, l’utilisation d’Internet ou des jeux vidéo, les drogues et les addictions de toutes sortes. Le jeûne vient nous aider à désencombrer nos vies. Il nous fait prendre des distances vis-à-vis de ce qui risque d’enchaîner notre liberté. Il creuse un vide et crée un espace où l’autre (Dieu ou les autres) peut être accueilli, écouté et davantage aimé. Le jeûne est très proche de l’aumône.

L'aumône

Ce mot est aujourd’hui complètement dévalué. Pour beaucoup, il désigne les quelques piécettes qui sont données à un sans domicile fixe ou à un pauvre à l’entrée d’une église. En fait, l’aumône aujourd’hui s’appelle le partage. Elle vient nous questionner sur notre relation aux biens et en particulier notre relation à l’argent. Pas de conversion évangélique sans revisiter ce que Jésus nous dit de cette relation à l’argent. Le pape François a mis la parabole du riche et du pauvre Lazare au cœur de la réflexion de son message de Carême. Il écrit : « Le Carême est un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin et reconnaître en eux le visage du Christ. Chacun de nous en croise sur son propre chemin. Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour ». Et le pape de souligner combien l’attachement à l’argent replie sur soi et rend aveugle. Le Carême est le temps où on est invité à vivre le partage, à ouvrir nos yeux sur tous ceux qui sollicitent notre aide. N’oublions pas que cette année vingt millions de personnes de par le monde souffrent de la faim ! La campagne de Carême a pour but de nous sensibiliser à cette situation et à mettre en œuvre une véritable solidarité (1). Le pape François nous lance cet appel : « J’encourage tous les fidèles à manifester ce renouvellement spirituel en participant également aux campagnes de Carême promues par de nombreux organismes ecclésiaux visant à faire grandir la culture de la rencontre au sein de l’unique famille humaine. Prions les uns pour les autres afin que participant à la victoire du Christ nous sachions ouvrir nos portes aux faibles et aux pauvres. Ainsi nous pourrons vivre et témoigner en plénitude de la joie pascale » (Message de Carême 2017).

 

Durant ce Carême, prenons le temps de souffler, de ralentir la course effrénée qui est souvent la nôtre. Lâchons prise. Rendons nous davantage disponibles à Dieu et aux autres. Le Seigneur viendra nous visiter et à notre étonnement nous arriverons quelque peu différents à la fête de Pâques.

 

+ Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

(1) Homélie de Mgr RICARD à la messe d’entrée en Carême avec le CCFD

 

Crédit photo : Pixabay - CC0

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