Redécouvrir l'adoration eucharistique

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Dans la perspective de l’année de la foi et de la nouvelle évangélisation, nous aurons à redécouvrir, personnellement et en église, la fécondité spirituelle et missionnaire de l’adoration. Editorial de Mgr Ricard dans l'Aquitaine du 17 février 2012

 

 

 

 

 

Avouons-le : l’adoration eucharistique a connu une éclipse de plusieurs décennies dans la piété du peuple chrétien. Il y a eu certainement là une réaction devant des déformations antérieures du culte eucharistique.

Comme on a pu le dire : on célébrait une petite messe pour pouvoir consacrer une hostie qui servirait ensuite à l’adoration et à une bénédiction solennelle du Saint-Sacrement. Devant ces déviations, on comprend qu’on ait remis en valeur la célébration de l’eucharistie elle-même et qu’on ait souligné que le Christ avait donné son corps en nourriture : « Prenez et mangez » dit-il à ses disciples.

Cette insistance bienfaisante sur la messe et sur la communion eucharistique a néanmoins amené progressivement à une raréfaction de l’adoration eucharistique et des bénédictions du Saint-Sacrement, dans les paroisses tout particulièrement.

Or, voici que, depuis quelques années, on redécouvre dans l'Église la pratique de l’adoration. Celle-ci est au cœur de la spiritualité de la Communauté de l’Emmanuel comme de celle de beaucoup de communautés nouvelles. Quelques paroisses commencent à la proposer à nouveau. Des jeunes en sont demandeurs et, avec Benoît XVI, c’est l’adoration eucharistique silencieuse qui a été au cœur de la grande veillée finale des JMJ de Cologne et de Madrid.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’à l’époque du voir et  de l’image, la contemplation eucharistique puisse rejoindre les aspirations d’un certain nombre de nos contemporains. Alors qu’autrefois la messe conduisait tout naturellement à l’adoration, aujourd’hui, pour un certain nombre de jeunes, c’est l’expérience spirituelle de l’adoration qui les conduit à la messe. On découvre ainsi que l’adoration eucharistique a une dimension missionnaire.

Alors, comment expliciter l’enjeu spirituel de l’adoration eucharistique aujourd’hui? 

Soulignons tout d’abord qu’il faut toujours intimement la relier à la messe. Elle est un prolongement de la messe et renvoie à la messe. La dynamique de l’eucharistie est la venue du Christ en nous. Il veut venir habiter dans notre maison. Il nous dit comme à Zachée : « Je veux habiter chez toi » et, d’ailleurs, juste avant la communion, nous disons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

Le Seigneur veut venir en nous, s’unir à nous, nous unir ainsi à lui et faire de nous les membres de son corps, ce corps ecclésial, par lequel il se rend présent au monde aujourd’hui. L’adoration eucharistique est donc toujours à situer dans cette dynamique.

Alors, quelle est sa fonction ? Je dirais volontiers pour prendre une comparaison : elle est un arrêt sur image. Un peu comme quand on projette un film, un DVD par exemple, on peut arrêter la projection pour scruter une image, la découvrir dans ses détails, éventuellement s’en imprégner. Il en va de même de la contemplation du Christ dans l’Eucharistie, avec la différence que nous ne sommes pas devant le Saint-Sacrement devant une image figée mais devant une présence, une présence réelle, une présence vivante. Cette contemplation, loin d’être une alternative à la communion, vient au contraire vivifier celle-ci, l’arracher à la routine ou à l’habitude qui risquent toujours de la guetter.  

Dans l’Eucharistie exposée, qu’est-ce que nous contemplons ? Non pas une chose, fût-elle sacrée, non pas une simple présence, fût-ce celle du Christ, mais la présence de ce Corps du Christ donné pour nous, ce Corps donné pour nous par amour. Comme dit Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». L’Eucharistie nous révèle ce « plus grand amour ». Devant le Saint-Sacrement nous réalisons combien nous sommes aimés, combien le Christ vient à notre rencontre, combien il veut être notre compagnon de route et notre ami.

On parle de l’exposition du Saint Sacrement. Prenons ce mot dans toutes ces acceptions. C’est non seulement le Christ qui s’expose à nous, qui nous offre sa joie, sa paix, son amour. Mais n’hésitons pas à nous exposer à lui, un peu comme on s’expose au soleil, à la chaleur bienfaisante de ses rayons en plein hiver. On comprend que des vies puissent être transformées, on peut dire « transfigurées », par l’adoration.

Ce Corps du Christ qui est là dans l’Eucharistie est celui qui est livré « pour la multitude ». On ne peut pas dans l’adoration eucharistique s’enfermer dans une relation à deux quelque  peu narcissique. Le Christ, qui nous communique son amour, nous invite à entrer dans son amour pour tous, dans sa compassion.

Pierre Goursat, le fondateur de la Communauté de l’Emmanuel, dont l’enquête pour une éventuelle béatification est en cours, disait : « Cette adoration a pour but naturellement d’honorer le Corps et le Cœur du Christ, mais c’est surtout pour qu’on lui demande qu’il nous embrase d’Amour, que nous soyons embrasés d’amour pour embraser nos frères à notre tour ». Et il répétait fréquemment : « Il faut que ça brûle ! ».

Ainsi, la véritable adoration ne nous replie pas sur nous-mêmes, mais nous rend attentifs aux besoins, aux détresses des hommes. Je cite encore Pierre Goursat : « Le fait d’adorer le Seigneur, nous fait compatir à toutes les souffrances du monde, nous fait comprendre toutes les souffrances physiques, mais nous invite aussi à prier pour la conversion des pécheurs » et il ajoutait : « Dans la prière et l’adoration, on est vraiment revêtu de la force du Seigneur mais il faut que cela débouche sur le service de nos frères. ».

En fait l’adoration nous conduit à nous offrir nous-mêmes, à nous unir au Christ pour aimer avec lui et en lui. Elle renvoie à la communion eucharistique. Elle nous rappelle que cette communion est moins repli sur nous-mêmes, fût-ce pour nous nourrir, qu’invitation au don, au don de nous-mêmes à Dieu et aux autres.

Je suis sûr que dans cette perspective de l’année de la foi et de la nouvelle évangélisation nous aurons à redécouvrir, personnellement et ecclésialement, la fécondité spirituelle et missionnaire de l’adoration.  

†  Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux

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