Prêtres et diacres au service du Christ

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Catéchèse de Mgr Ricard, parue dans "Église catholique en Gironde", à l'occasion des six ordinations de ce dimanche 30 juin 2013.

Le dimanche 30 juin seront ordonnés à la cathédrale Saint-André deux prêtres et quatre diacres (trois diacres permanents et un qui devrait plus tard être ordonné prêtre). Décidément, l’Esprit Saint dans la vie de l’Église n’aime pas l’uniformité ! Il ne cesse de susciter  au sein du peuple de Dieu une multitude de charismes et de ministères. Les apôtres  se sont donné une grande diversité de collaborateurs. Il suffit de lire le chapitre 16 de l’épître aux Romains pour s’en convaincre. Le ministère apostolique lui-même s’est diversifié. Si les évêques sont garants de la permanence de ce ministère dans l’Église, ils ne l’assument pas seuls, mais avec ces collaborateurs que sont les prêtres et les diacres.

« L’évêque et les prêtres sont appelés à vivre le don de soi, auquel ils invitent les autres »

Évêques, prêtres et diacres sont au service de l’action du Christ dans son Église. Ils en reçoivent la grâce et la mission dans l’ordination qui va marquer toute leur vie. Chacun de ces ministères ordonnés va signifier et servir cette présence du Seigneur selon son charisme propre. Évêques et prêtres manifestent davantage le visage du Christ, bon pasteur de son peuple, et les diacres celui du Christ serviteur proche des hommes. Attention pourtant de ne pas durcir ces différences. Il s’agit d’accents. En effet, que serait un pasteur qui ne serait pas un serviteur et un serviteur qui n’aurait pas le souci de rassembler et de conduire à Dieu ?

Évêques et prêtres sont au service du Christ pasteur, de celui qui rassemble son peuple et lui communique sa vie. Ce service se vit selon une triple dimension : l’annonce de la Parole, la célébration des sacrements et l’animation de la communauté. Ils président l’Eucharistie au nom du Christ et invitent tous ceux qui y participent à offrir leur vie à Dieu en cherchant au jour le jour à faire sa volonté. C’est ce qu’exprime le Concile Vatican II en disant que le sacerdoce ministériel (des évêques et des prêtres) est au service du sacerdoce de tous les baptisés. Vivre ce vrai don de soi-même à Dieu (ce qui est désigné sous le mot de « sacerdoce ») n’est pas tous les jours facile. Il appelle une conversion quotidienne. Et le ministère des prêtres a pour fonction première d’aider tous les fidèles à vivre cette conversion, avec tout ce que cela demande comme nourriture de la foi et accompagnement spirituel. Inutile de dire que pour les évêques et les prêtres l’exercice concret de leur ministère est un profond appel à vivre eux-mêmes ce don de soi, auquel ils invitent les autres.

« Loin d’être le spécialiste ou l’accapareur du service, le diacre doit en être le démultiplicateur »

Les formes du ministère presbytéral ont beaucoup changé au cours des siècles. On a longtemps été habitué aux images familières du curé de paroisse, présent dans chaque village, du vicaire aumônier de jeunes, de l’aumônier ou du prêtre enseignant. Aujourd’hui, la diminution du nombre de prêtres a contribué à bouleverser toutes ces manières d’être prêtre. Les prêtres sont responsables de territoires de plus en plus étendus. Ils sont appelés à beaucoup se déplacer et à assumer ces multiples formes du ministère qui, autrefois, étaient réparties sur des prêtres différents. Ils ont à susciter la prise de responsabilité des laïcs et à  les accompagner dans leur mission. Leur agenda est souvent surchargé. Se pose la question de leur équilibre de vie, humain et spirituel. Je ne suis pas sûr que beaucoup de paroissiens, qui sont exigeants dans les services qu’ils demandent aux prêtres, soient toujours bien conscients de cette situation. De plus, je sens chez certains séminaristes ou jeunes prêtres le désir de trouver dans le diocèse des équipes de prêtres fraternelles, priantes, vivant une certaine forme de communauté. Bien sûr, ils redoutent  l’isolement, mais surtout ils sentent le besoin d’être soutenus spirituellement dans un environnement qui n’est pas porteur. Certes, le compagnonnage pastoral avec des laïcs est souvent très précieux pour le dynamisme apostolique du prêtre, mais il ne remplace pas toujours la fraternité sacerdotale.

C’est le Concile Vatican II qui a rétabli le diaconat comme un ordre permanent dans l’Église. Celui-ci existait dans les premiers siècles mais avait disparu comme ordre permanent pour devenir la dernière étape avant l’ordination sacerdotale. Le diaconat est proposé à des hommes mariés ou célibataires. La plupart ont une profession et ne sont pas salariés du diocèse. C’est au cœur de leur vie professionnelle, familiale, associative et ecclésiale qu’ils ont à témoigner du Christ serviteur, d’un Christ qui vient à la rencontre des hommes, s’intéresse à leur vie et les invite à découvrir l’amour gratuit du Père. Les diacres sont au service de la diaconie de l’Église. Ils lui rappellent qu’elle n’a pas à se refermer sur elle-même mais qu’elle a à aller « à la périphérie », comme le dit le pape François, auprès de tous ceux qui attendent un message d’espérance et de vie. Les diacres peuvent célébrer des baptêmes, des mariages, des obsèques mais cette fonction liturgique, si importante soit-elle, n’épuise pas le ministère diaconal. C’est par toute sa vie que le diacre vit son ministère. Dans une communauté chrétienne, loin d’être le spécialiste ou l’accapareur du service, il doit en être le démultiplicateur. Il soutient les autres dans leur service (accueil des fiancés, des jeunes, des parents pour un baptême, des personnes en grande précarité, des familles en deuil…). Les diacres offrent aujourd’hui une figure originale du ministère ordonné.

C’est souvent une interpellation au sein de la communauté chrétienne qui a été à l’origine d’une vocation diaconale. Celle-ci est accueillie en couple pour les diacres mariés. Même si c’est l’homme qui, dans le couple, reçoit l’ordination, l’accord profond de son épouse est fondamental. Car c’est la vie du couple lui-même, et souvent plus largement la vie de la famille, qui va être bouleversée par cet appel. En effet, le diaconat n’est pas une responsabilité que l’on pourrait n’assumer que pour un temps. Il est reçu pour la vie. Notre diocèse va bientôt compter 28 diacres permanents. D’autres sont en formation. Petit à petit, les diacres s’inscrivent sur l’horizon ecclésial. Comme les évêques et les prêtres, ils sont aussi porteurs d’une grâce particulière pour l’Église diocésaine.

Rendons grâce à Dieu qui donne aujourd’hui à son Église les prêtres et les diacres dont elle a besoin pour remplir sa mission !

† Mgr Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

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