Evangelii Gaudium : Que nous dit le pape François ?

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Catéchèse de Mgr Jean-Pierre Ricard, sur l'exhortation apostolique du pape François intitulée : la joie de l'Évangile.

Le 24 novembre dernier, le pape François a publié une exhortation apostolique intitulée La joie de l’Évangile. Ce texte parle de l’évangélisation. Il reprend beaucoup de propositions émises par le synode romain sur la Nouvelle Évangélisation, qui s’était tenu à Rome en octobre 2012. Pourtant cette exhortation porte très nettement la marque du pape François. On y retrouve bien des convictions que le pape a exprimées avec force ces derniers mois. C’est un document important, imposant par sa taille, mais traversé par un souffle missionnaire que le pape François veut insuffler à toute l’Église. Nous avons là comme un texte programme du nouveau pontificat qu’il est intéressant de découvrir et de méditer.

Une transformation missionnaire de l’Église

Le pape invite à une transformation missionnaire de l’Église. Il souligne l’actualité de l’invitation du Christ à ses apôtres : « Allez ! ». L’Église ne saurait se replier sur sa propre vie interne et sur son fonctionnement. Elle doit « sortir » et aller à la rencontre des hommes : « J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration » dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission » (n° 25). Cette mission doit être portée par tous. Le pape souhaite en ce sens un renouveau de toute la vie ecclésiale : diocèses, paroisses, mouvements, groupes divers… Tous les membres de l’Église doivent devenir « des agents de l’évangélisation ».

“ On ne peut aimer Jésus sans partager son amour pour son peuple ”

Nos communautés paroissiales sont invitées à être plus accueillantes, plus proches des gens, plus missionnaires. Cela appelle des conversions de mentalité et des changements de fonctionnement : « La pastorale en terme missionnaire exige d’abandonner le confortable critère pastoral du « on a toujours fait ainsi ». J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés » (n° 33). Certes, bien des initiatives ont été prises en ce sens dans notre diocèse. La rencontre diocésaine des membres des équipes d’animation pastorale, le 23 novembre dernier, a permis un échange passionnant sur ces initiatives missionnaires innovantes. Mais, nous avons tous à progresser encore dans cette voie.

 

Le rayonnement de la joie

Cette dynamique missionnaire ne saurait cependant se réduire à une opération publicitaire de communication ou de recrutement. Pour le pape, elle est fondamentalement le rayonnement de la joie qu’ont provoquée en nous la rencontre personnelle avec le Christ et le don du Saint Esprit : « Comme je voudrais trouver les paroles pour encourager une période évangélisatrice plus fervente, joyeuse, généreuse, audacieuse, pleine d’amour profond, et de vie contagieuse. Mais je sais qu’aucune motivation ne sera suffisante si ne brûle dans les cœurs le feu de l’Esprit. En définitive, une évangélisation faite avec esprit est une évangélisation avec l’Esprit Saint, parce qu’il est l’âme de l’Église évangélisatrice » (n° 261). Cela implique pour le pape un « fort engagement social et missionnaire » et « une spiritualité qui transforme le cœur » (n° 262).

Cette spiritualité qui transforme le cœur est celle qui est habitée par cet amour dont Dieu aime les hommes, par ce regard d’amour du Christ sur tous ceux qu’il rencontre. On ne peut aimer Jésus sans partager son amour pour son peuple : « Quand nous nous arrêtons devant Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend dignes et nous soutient, mais en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi, nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Il nous prend au milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance » (n° 268). Ce serait mutiler l’évangélisation que de ne voir en elle qu’une annonce de foi coupée d’un réel service de ceux à qui on s’adresse. Le pape consacre tout le chapitre 4 de son exhortation à La dimension sociale de l’évangélisation. Il y a, en effet, un lien indissoluble entre l’accueil de l’annonce salvifique et un amour fraternel effectif : « A partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice. L’acceptation de la première annonce qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres » (n° 178).

 

Attention aux personnes et engagement social

Cet amour fraternel implique tout à la fois attention aux personnes et engagement social. Le pape invite en particulier à être proche des pauvres et à travailler à leur intégration sociale, à promouvoir le bien commun et à être des artisans infatigables de la paix. Il souligne l’importance du dialogue qui rapproche les hommes, leur permet de se comprendre et de s’enrichir mutuellement, que ce soit le dialogue social, le dialogue entre foi, raison et sciences, le dialogue œcuménique, le dialogue avec le judaïsme ou le dialogue interreligieux (n° 242 à 258). Le pape nous invite au risque de la rencontre. Son appel se fait alors vibrant : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse » (n° 270).

N’hésitez pas à lire cette exhortation. Elle met en valeur bien d’autres facettes de l’évangélisation que celles que je viens d’évoquer. Elle a surtout le grand mérite de nous remettre devant le cœur de la mission de l’Église, devant le cœur de notre propre mission à chacun : « Être Église, c’est être peuple de Dieu, en accord avec le grand projet d’amour du Père. Cela appelle à être le ferment de Dieu au sein de l’humanité. Cela veut dire annoncer et porter le salut de Dieu dans notre monde, qui souvent se perd, a besoin de réponses qui donnent courage et espérance, ainsi qu’une nouvelle vigueur dans la marche. L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la vie bonne de l’Évangile » (n° 114). Tout est dit, mais tout est encore à vivre !

 

 

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