“ Accueille ton Dieu, accueille ton frère ”

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Catéchèse de Noël du cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, parue dans le numéro de décembre 2014 du journal "Église catholique en Gironde".

ACCUEILLE TON DIEU

Profitons du temps de Noël pour également accueillir et fêter le Seigneur qui s’invite chez nous

Quand les chrétiens fêtent Noël, ils ne célèbrent pas qu’un anniversaire, celui de la naissance de Jésus à Bethléem, il y a plus de deux mille ans. Ils fêtent la venue d’un Dieu qui, en Jésus, vient aujourd’hui à la rencontre de l’homme. Celui qui «est venu chez les siens » (Jn 1, 11) ne cesse de venir. Le Christ ressuscité, qui chemine avec nous, demande à être accueilli par nous. Il veut faire de nos vies sa demeure. Il désire habiter chez nous. En Saint Jean il nous dit : «Si quelqu’un m’aime, il observera ma parole, et mon Père l’aimera ; nous viendrons chez lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23). Le Christ ne cesse de frapper à la porte de nos vies : « Voici que je suis à la porte et je frappe. Chez celui qui entend ma voix et qui m’ouvre, j’entrerai et nous mangerons en tête à tête, lui avec moi et moi avec lui» (Ap. 3, 20). A Bethléem, Marie et Joseph n’ont pu être accueillis dans le caravansérail. Celui-ci devait être bien plein à cause de l’afflux de tous ces gens qui étaient venus se faire recenser dans leur ville d’origine. Avouons que nos vies sont souvent, elles aussi, bien encombrées. Il y faut faire du rangement pour que Dieu soit accueilli ! À Noël, nous soignons l’accueil de tous ceux et celles que nous invitons (sapin, décoration de la table, cadeaux, crèche…). Comme nous le disons volontiers : «Cela fait Noël». Profitons du temps de Noël pour également accueillir et fêter le Seigneur qui s’invite chez nous. N’hésitons pas à lui ouvrir les portes de notre coeur par une prière plus fervente, une méditation plus nourrie de l’Écriture, une participation renouvelée à l’Eucharistie. Y a-t-il meilleure préparation à Noël que cette ouverture du coeur qui nous permet d’accueillir le pardon de Dieu dans la célébration du sacrement de Pénitence et de Réconciliation ? N’oublions pas que, quand le Seigneur vient chez nous, il apporte tout. Je vous souhaite de goûter la joie qu’il mettra en vos vies !

 

ACCUEILLE TON FRÈRE

 

 

 

Mais accueillir Dieu dans l’intimité de nos coeurs ne suffit pas. Il faut l’accueillir dans nos frères. C’est là aussi qu’il nous attend et frappe à notre porte. Dans la parabole du jugement dernier chez Saint Matthieu le Christ nous dit : « tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Il faut même ajouter que cet accueil du frère est un révélateur de la vérité de notre accueil de Dieu : «Si quelqu’un dit: ‘j’aime Dieu’ et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère» (1 Jn 4, 20-21). Là aussi, profitons de Noël pour vérifier en nous la qualité de notre accueil des autres, de notre attention, de notre écoute, du partage de notre argent ou de notre temps. Cela commence au sein de notre famille et de notre réseau de relations. Quelqu’un attend peut-être de nous un peu plus de présence, d’amitié ou d’affection, de fraternité ou de solidarité ? L’accueil du frère est une question posée à chacun d’entre nous. Elle est aussi une question posée à notre Église et à chacune de nos communautés chrétiennes.

Profitons de Noël pour vérifier en nous la qualité de notre accueil des autres, de notre attention, de notre écoute, du partage de notre argent ou de notre temps

Le pape François nous le rappelle avec force : « Chaque chrétien et chaque communauté sont appelés à être instruments de Dieu pour la libération et la promotion des pauvres, de manière à ce qu’ils puissent s’intégrer pleinement dans la société; ceci suppose que nous soyons dociles et attentifs à écouter le cri du pauvre et à le secourir» (la Joie de l’Évangile, n° 187) et le pape de citer cette affirmation de l’évangéliste Jean : «Si quelqu’un, jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait- il en lui?» (1 Jn 3, 17). Notre tentation est de rester à distance des personnes en difficulté : « Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du coeur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse.» (Pape François, o.c, n° 270).

DE MULTIPLES FORMES DE PRÉCARITÉ AUTOUR DE NOUS

Autour de nous, les formes de pauvretés et de précarités sont diverses et multiples. La Banque alimentaire n’a jamais connu une telle fréquentation. Nos organismes comme le Secours catholique et les Conférences Saint Vincent de Paul nous alertent sur bien des situations. Ils ont besoin de bénévoles et d’aides financières. Les ROM sont autour de 500 sur la Communauté urbaine de Bordeaux. Ils sont les vrais parias du 21ème siècle ! Chassés de chez eux par la misère, ils vivent chez nous dans des conditions plus que précaires. Délogés régulièrement de squats qu’ils ont occupés, ils sont toujours à la recherche d’un toit. Il y a là une question qui est posée aux pouvoirs publics et aux municipalités mais aussi à nos communautés paroissiales. Merci à tous ceux qui, au jour le jour, s’engagent auprès d’eux et les accompagnent !

L’APPEL À L’AIDE DE NOS FRÈRES CHRÉTIENS D’ORIENT

Permettez-moi de vous alerter une fois de plus sur l’aide qu’attendent nos frères les chrétiens d’Orient. Beaucoup ont fui devant les avancées de l’État islamique en Irak ou en Syrie. Ils ont tout perdu et sont dans une situation matérielle particulièrement difficile. Ils ont besoin de notre aide. Certains souhaitent rester au Moyen Orient et il est très important que cette région qui a vu leur présence depuis presque deux millénaires ne soit pas désertée par eux. Le diocèse de Bordeaux est en lien avec la paroisse Mar Youssef de Bagdad qui accueille des chrétiens réfugiés (voir le site Internet du diocèse de Bordeaux : bordeaux.catholique.fr/ chretiensdorient). Tout don envoyé à L’Association diocésaine de Bordeaux avec la mention « Chrétiens d’Orient» leur sera envoyé. Ne les oublions pas dans notre prière.

Mais certaines familles ne voient plus pour elles d’avenir dans leur propre pays. Elles ont sollicité le Consulat de France à Erbil pour immigrer en France. Le Consulat ne délivre des visas que si ces familles peuvent indiquer des personnes en France qui se portent garantes de leur accueil (logement provisoire à l’arrivée, prise en charge financière, démarches administratives, scolarisation des enfants). Des familles ne pourront être accueillies que si, au niveau de certaines paroisses ou secteurs pastoraux, se constituent des petites équipes d’accueil et de prise en charge. Pour tout renseignement, on peut contacter le Père Francis Baqueyrisses (tél : 05 56 45 04 81) que j’ai chargé, comme responsable de la pastorale des migrants, de coordonner cet accueil des chrétiens d’Orient sur notre diocèse. L’urgence rend cet appel encore plus pressant ! 

 

La Vierge Marie a su accueillir son Seigneur. Elle a accepté de devenir la mère des disciples de son Fils. Elle nous accueille tous. Qu’elle nous aide à entrer à notre tour dans cette dynamique de l’accueil. Nous goûterons alors la vraie joie de Noël. Je vous souhaite un très bon Noël !

 

† Jean-Pierre cardinal Ricard

Archevêque de Bordeaux

Évêque de Bazas

 

 

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