L’engagement ou les promesses de l’Esprit

Deux phénomènes contemporains peuvent aider à accueillir ces promesses : l’échange et l’expérience.

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Édito de Mgr Bertrand Lacombe paru dans le journal "Église catholique en Gironde" de juin 2017.

Dans le cadre des journées sur l’innovation pédagogique, l’Enseignement catholique de Gironde a proposé lundi 22 mai dernier une table ronde sur le thème de l’engagement. Le sujet est d’actualité. Restant sur le terrain scolaire, des jeunes et des étudiants préparent un engagement dans de nouvelles études. La période électorale appelle à l’engagement des électeurs et des candidats pour le service du pays.

D’un point de vue ecclésial, la fin du trimestre conduit à la relecture des projets déjà engagés et à la préparation de l’année qui arrive. Le lundi de Pentecôte, les délégués synodaux reprennent le travail de celles et ceux qui se sont engagés dans les équipes synodales. De manière plus visible, festive et très signifiante, les engagements dans la foi marquent ces mois de mai et juin avec les baptêmes, communions, professions de foi, confirmations et mariages. Enfin, nous rendons grâces pour l’ordination de quatre futurs diacres et deux futurs prêtres pour notre diocèse.

 

L’appel du Père et la réponse de l’engagement

La première réaction pourrait être de se féliciter des choix courageux, de l’énergie déployée, du don de soi. C’est vrai, mais pour suivre le Christ, il y a un préalable. C’est l’appel du Père, la promesse qui l’accompagne et la force donnée pour les réaliser.

Si nous sommes heureux de nous engager dans des projets parfois ambitieux, il nous faut avant cela entendre et réentendre l’appel qui nous est lancé. Quand tout va bien, et que tout coule spontanément dans notre vie, il y a pourtant quelqu’un qui alimente la source. Au contraire, quand nous sommes éprouvés et que rien ne semble aller, Dieu nous fait signe et nous rappelle son amour. Dans la banalité d’une existence qui semble ne plus laisser de perspective, le Seigneur est aussi à nos côtés. En outre, plus que nous appeler, Dieu nous donne la grâce pour répondre à son appel. La grâce et la réponse s’accordent dans une promesse et un engagement donnés par Dieu.

 

Le groupe et l’expérience pour accueillir le sens de sa vie

Les jeunes d’aujourd’hui sont moins pris dans un processus de reproduction sociale que par le passé. Avec enthousiasme, ils cherchent un sens à leur propre vie. Pour cela, ils sont appelés à découvrir ce qui les attire, comme une réponse à l’appel de Dieu. Il n’est pas nécessaire de montrer combien cela peut être difficile, et en même temps merveilleux quand le chemin commence à être tracé. C’est la joie de se savoir aimé de Dieu, choisi et accompagné par lui, dans un monde qui semble l’oublier.

Deux phénomènes contemporains peuvent aider à accueillir ces promesses : l’échange et l’expérience. Pour des raisons financières, mais aussi dans un esprit de simplicité, la jeunesse est marquée par une quête du partage. On ne dénombre plus les initiatives liées à l’échange, par exemple le covoiturage ou la colocation. Bien comprise, la culture du net peut aussi rejoindre ce phénomène, si la communauté ne s’arrête pas à l’écran et permet une rencontre respectueuse et fructueuse.

Quant à l’expérience, elle vient renouveler la transmission, au moment où une réception extérieure est moins bien perçue. Les jeunes veulent faire leur expérience. On peut noter le développement des stages en entreprise au collège, des travaux de groupes, des formations en alternance, des expériences d’une année pour servir une cause en France ou à l’étranger…

Ces deux dimensions de l’échange au sein de groupes et de l’expérience sont de précieux guides pour l’éducation des jeunes d’aujourd’hui. La réponse donnée dans l’engagement sera alors tant le fruit d’une pratique souvent collective que d’une promesse divine.

 

L’accompagnement des jeunes

Dans ce contexte, la mission des éducateurs, et plus particulièrement des accompagnateurs de jeunes, n’en est que plus importante. Le pape François, dans ses prises de paroles liées au prochain synode La foi, les jeunes et le discernement des vocations, exhorte les éducateurs de jeunes à les écouter en se faisant proche. Ainsi disait-il récemment : la pastorale des vocations signifie apprendre le style de Jésus, qui passe dans les lieux de la vie quotidienne, qui s’arrête sans hâte et regardant ses frères avec miséricorde, les conduit à la rencontre de Dieu le Père (1).

Lors de la réunion de la Pastorale des jeunes élargie du 5 mai dernier, en préparation de ce synode, le Père Samuel Volta présentait différentes composantes de l’accompagnement. L’attitude pastorale s’attache à honorer tant la diversité des vocations et des appels que la liberté des personnes. L’accompagnement prend aujourd’hui diverses formes qui enrichissent l’accompagnement spirituel traditionnel : cheminement au sein d’un groupe d’Eglise, conseil ponctuel, récollection ou retraite, coaching… Plusieurs points d’attention sont donnés pour les accompagnateurs : écouter, se former, savoir ce qui peut être donné et ce qui requiert une aide, amener la personne à décider sans le faire à sa place, bien distinguer for interne et for externe, être soi-même accompagné, s’approcher régulièrement des sacrements…

Voici donc cette belle mission qui se renouvelle et s’enrichit pour tous les accompagnateurs de jeunes. Au nom de l’Eglise, ils sont de véritables partenaires de l’éducation des jeunes pour l’engagement et la mission.

La réponse à l’appel du Père, nourrie par la grâce du Christ et les promesses de l’Esprit, donne à chacun sa vocation d’enfant bien-aimé et sa mission. L’engagement chrétien permet une réalisation personnelle, mais aussi communautaire : finalité de l’engagement en lien avec les autres, équilibre de vie tenant compte du devoir d’état, durée, fidélité qui n’exclue pas les changements, volonté et non pas volontarisme, accueil de l’échec et de la mort, jaillissements nouveaux…

Selon les personnes et selon les moment, l’engagement dans la réponse à l’appel du Père paraîtra tout simple ou au contraire énigmatique. Rappelons-nous les promesses de l’Esprit de Pentecôte donné chaque jour dans le silence de la prière, la joie de la fraternité, la maturation parfois âpre, la Création majestueuse. Ainsi nous serons toujours davantage disciples missionnaires, poussés par l’Esprit et heureux d’accomplir notre vocation avec d’autres.

Bon vent à tous ceux qui, jour après jour, répondent à l’appel du Père dans l’engagement de toute leur vie selon les promesses de l’Evangile !

 

+ Mgr Bertrand Lacombe

Évêque auxiliaire du diocèse de Bordeaux

 

 

1. Discours aux participants au Congrès de pastorale des vocations 21.10.2016, repris dans le document de présentation du synode d’octobre 2018, p18.

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