En Carême, choisis la vie !

Durant le Carême, le quotidien des chrétiens prend les harmoniques de la joie simple, profonde et intense, loin des paillettes et des sunlights. (Mgr Bertrand Lacombe)

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Édito de Mgr Bertrand Lacombe, paru dans le journal diocésain "Église catholique en Gironde" du mois de février 2018.

Après les moments intenses de la vie synodale et avant la promulgation des orientations à mettre en œuvre, s’ouvre une large période de 90 jours centrée sur la fête de Pâques. Le Carême prépare à la célébration de la passion et de la résurrection de Jésus, le temps pascal déploie la victoire du Christ dans l’attente de l’Esprit. Le terme sera marqué par la fête de Pentecôte et le temps fort diocésain : Missio 2018, une Pentecôte pour la mission.

Rendons grâce pour ce Carême qui nous permet de préparer nos cœurs à célébrer la victoire de la vie de Dieu sur la mort. La liturgie se colore de tonalités violettes, elle omet le gloria et l’alleluia qui résonneront à nouveau la sainte nuit de Pâques. Le quotidien des chrétiens prend les harmoniques de la joie simple, profonde et intense, loin des paillettes et des sunlights.

Choisis la vie

Chacun pourra retenir un verset biblique ou une phrase qui guidera ses comportements et attitudes pour l’ensemble du Carême. L’actualité nous invite à nous tourner plus encore vers la vie et on peut s’attacher à l’appel du début de la Bible : Choisis la vie (Dt 30,19). C’était le thème de la veillée pour la vie du 1er décembre dernier. Cet appel à servir la vie reçue de Dieu est au cœur des débats sur la bioéthique, tout comme du service des frères et sœurs les plus atteints dans leur dignité, particulièrement les migrants.

Le don de la vie est un trésor à recevoir

Prenons quelques instants sur la bioéthique. Le Cardinal a rappelé en novembre dernier (ECG n°49) les principes fondamentaux de l’assistance médicale à la procréation, soulignant la priorité des droits de l’enfant. L’Institut Pey Berland a organisé en janvier, conjointement avec la Pastorale de la santé, la session : « Fin de vie : quels repères éthiques pour aujourd’hui ». Plusieurs autres initiatives été ont mises en place ou reconduites (1).

Dans ce contexte, il est essentiel de prendre part aux Etats généraux de la bioéthique (2). La PMA telle qu’elle est pratiquée pose un certain nombre de questions. En outre le projet d’ouverture de ces techniques aux couples de femmes et aux femmes seules, vise à instituer l’absence de père. Les questions sont complexes, mais les principes sont simples : ne juger personne, accueillir le don de la vie de sa conception à sa fin naturelle, être présent auprès des personnes fragilisées.

Un itinéraire orientée vers la vie en Dieu, la croix et la résurrection

L’appel du Seigneur à la vie est présent tout au long du Carême, notamment dans les Evangiles du dimanche que nous entendrons cette année. S. Marc montre Jésus conduit au désert par l’Esprit avant d’être transfiguré sur la montagne. Ensuite saint Jean rapporte l’attitude de Jésus face aux vendeurs du temple. Puis, il annonce son élévation. Enfin, nous verrons saint André mener quelques Grecs à Jésus pour l’entendre parler du grain de blé tombé en terre. Ces Evangiles de l’année ‘B’ tracent une belle route vers la semaine sainte.

Au quotidien, notre itinéraire est balisé par le triple appel de l’Evangile des Cendres (Mt 6, 1-18). On y entend l’injonction de Jésus à la discrétion pour se tourner vers le Père, l’auteur de la vie. Plus qu’un faire, c’est une attitude de tout l’être appelé à se laisser convertir par le Seigneur. La joie et l’espérance se reçoivent dans une certaine ascèse qui permet à une nouveauté d’advenir.

L’aumône et le partage

La première attitude présentée par l’évangéliste saint Matthieu est celle de l’aumône. Il s’agit de se dessaisir de biens ou d’argent pour permettre à d’autres de vivre dans des conditions plus dignes. Pour ne pas se situer en surplomb, notre geste prendra sa source dans la prière et pourra s’enrichir d’une dimension relationnelle à l’image du lavement des pieds (Jn 13, 1-15).

Les paroisses, communautés, mouvements encouragent et soutiennent un certain nombre de projets. Avec le CCFD – Terre solidaire, nous sommes invités à participer à la journée de lancement du samedi 17 février à Talence et à nous associer à la campagne de Carême : Avec nos différences, tissons une terre solidaire. La journée « Exil et solidarité » qui aura lieu le 11 mars à saint Augustin sera aussi une belle occasion de rencontres. De nombreuses autres initiatives nous pressent à prendre notre part à l’aumône et au partage.

Une prière plus fervente

L’appel à prier est en lien direct avec le Notre Père qui pourra être médité à nouveau, notamment la nouvelle traduction : Ne nous laisse pas entrer tentation. Le Carême, sur une durée raisonnable, constitue un encouragement à mieux prier ou à découvrir de nouvelles formes de prière. L’Eglise est riche de différentes manières de prier seul, en équipe, en grande communauté : oraison, Lectio divina, adoration, chapelet, dialogue contemplatif, louange, office divin, prière de Taizé…

Le jeûne qui plait au Seigneur

Le jeûne nous tourne davantage vers l’ascèse. Rappelons que le jeûne et l’abstinence sont pratiqués le mercredi des cendres et le vendredi saint, conseillés le samedi saint. Pour rappeler la mort de Jésus, tous les vendredis de Carême sont marqués par l’abstinence. Il s’agit d‘abord d’une attitude qui laisse la place à Jésus : L’homme ne vit pas que de pain mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur (Mt 4,4). Les privations traditionnelles concernent la nourriture et notamment la viande, mais elles peuvent aussi s’étendre aux écrans et à toutes choses qui nous encombrent. Selon l’âge et l’état de santé, l’esprit dans lequel nous vivons le jeûne est plus déterminant que l’obligation. Le prophète Isaïe déjà disait le sens du jeûne au service de la vie : libérer, partager, héberger, ne pas se dérober, crier vers Dieu (Is 58, 4-9).

Du temps pour la vie de Dieu et des frères et sœurs

Demandons au Seigneur la grâce de vivre ce Carême en mode ‘allégé’, entrant davantage en relation avec lui, ainsi qu’avec nos frères et sœurs. Le service de la vie, belle et fragile, est une priorité.

Vécu personnellement, mais aussi en groupes d’Eglise et en communauté paroissiale ou religieuse, le Carême comme la vie, est d’abord à recevoir. C’est la grâce qui agit en nous et nous met en chemin vers le Christ rencontrant les foules, assis à la table de la Sainte Cène, élevé sur la croix, hors du tombeau vide. Sur le chemin des Disciples missionnaires, choisissons et aimons davantage la vie !

 

+ Mgr Bertrand Lacombe

Évêque auxiliaire de Bordeaux

 

 

 1 - Marche pour la vie, le 21 janvier à Paris, 4 soirées d’Alliance Vita en janvier à Bordeaux, soirée d’éthique publique « États généraux de la bioéthique, quels enjeux ? », le 6 février à ND des Anges.

 2 - Thèmes issus du progrès scientifique (reproduction, génétique, don d’organes, données de santé (big data), intelligence artificielle, neurosciences, santé et environnement) ou de la société (procréation, PMA, GPA, fin de vie).

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