"Les personnes en situation de précarité sont en manque de formations spécifiques"

À l'occasion de la sortie du rapport statistique annuel du Secours catholique, Patrice Vincey, président de la délégation girondine, revient sur l'éloignement accru des conditions de retour à l'emploi pour les personnes les plus précaires.
L'an dernier, le Secours catholique faisait un bilan sur l'évolution de la précarité ces 10 derniers années. Sur quel point porte principalement le rapport publié aujourd'hui ?

 

Patrice Vincey : "Le rapport statistique a voulu focaliser cette année la difficulté du retour à l’emploi pour les publics en difficulté. Les publics que nous accompagnons ont un accès de plus en plus difficile à l’emploi. Car les conditions d’accès à cet emploi s’éloignent de plus en plus de la population générale. On le voit à travers la délocalisation d’usines qui semblent pourtant profitables et viables. Les situations de précarité, les difficultés de logement et la durée de plus en plus longue du chomage font que le retour en entreprise devient très compliqués.

“ Seulement 2,4% des personnes accompagnées susceptibles d'avoir un emploi sont en situation de formation ”

Cela nécessite donc des étapes intermédiaires et un accompagnement adapté avec notamment des subventions de l’État auprès des ateliers d’insertion par l’emploi, ou le financement d’emplois aidés. Malheureusement, ces dispositifs ne sont pas au rendez-vous des besoins actuels.

 

Les situations de précarité s'installent donc dans le temps ?

Oui, de plus en plus, les personnes en difficultés ont du mal à sortir de ce cercle vicieux. Et pour une famille en situation de précarité, le retentissement pour les enfants est considérable. La transmission intergénérationnelle de l’absence d’emploi est quelque chose de catastrophique… Comment expliquer à un enfant que la formation, la qualification est nécéssaire pour avoir des chances d’entrer dans la vie active ?

Plus de la moité de la population que nous accompagnons est sans qualification aucune. Parmi ceux qui seraient susceptibles d’avoir un emploi, il n’y en a que 2,4% en situation de formation. Or les gens en situation de précarité ont au contraire besoin d’une politique de formation spécifique pour s’adapter aux métiers qui sont en tension actuellement. Nous essayons de passer des conventions avec les grandes entreprises pour que, dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises, celles-ci prennent en compte des chômeurs de longue durée pour des emplois ou des formations qui ne nécessitent pas une qualification importante.

Mais si nous pouvons accompagner les politiques publiques, nous ne pouvons pas nous substituer à l’État. Les subventions sont, de manière générale, à la baisse, le nombre d’emplois aidés est en diminution et l’accompagnement personnalisé mis en place à Pôle Emploi n’a pas les moyens budgétaires pour être réellement efficace. C’est donc une difficulté qui est passagère, mais qui commence tout de même à durer, et qui rend les choses de plus en plus difficiles pour remettre les gens dans le circuit économique marchand.

Encore une fois, c’est l’action conjointe des pouvoirs publics, des entreprises et des associations qui pourra aider les personnes les plus vulnérables à s’en sortir.