Haïti, trois ans après...

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Le 12 janvier 2010, un séisme de magnitude 7,3 causait en Haïti plus de 250 000 morts, 300 000 blessés, 1,3 million de sans-abris... Patrice Vincey, responsable de secours catholique en Gironde, revient sur la récente mission effectuée sur l'île en mars 2013.

Vous rentrez d'une mission du Secours catholique en Haïti, en quoi consistait cette mission ?

Cette mission consistait à rencontrer des partenaires haïtiens déjà soutenus financièrement par le Secours Catholique Caritas France pour voir si, en marge de ce soutien financier, ces partenaires seraient intéressés par un partenariat relationnel de longue durée ; ce partenariat recherché ayant pour but un enrichissement mutuel de nos équipes par une communication régulière. Les équipes de Solidarité Internationale des régions Aquitaine et Picardie ayant eu cette même idée sans concertation préalable, le siège nous a proposé une mission exploratoire commune qui a pu se réaliser en mars 2013. Notre équipe comportait trois membres de la région Picardie : Marie-France, Eric et Olivier, trois membres de la région Aquitaine, Thierry, Xavier et moi-même et deux salariées du siège Fabienne et Violène. Après une rencontre préparatoire courant janvier à Paris, nous sommes donc arrivés en Haïti le dimanche 10 mars, jour de changement d’heure locale.

Qui avez vous rencontré sur place ?

Nous avons été accueillis à Port au Prince par les pères de Saint Jacques qui nous ont hébergés pendant tout notre séjour.

Lundi nous avons rencontré l’équipe composant l’antenne locale du Secours Catholique Caritas France. Eloi a fait le point sur le programme et les partenaires à rencontrer.

Nous sommes ensuite allés à la rencontre de l’association JILAP (Justice et Paix) qui nous a brossé une situation générale sur des droits de l’homme en Haïti et qui nous a expliqué leurs actions en termes d’interpellation des pouvoirs publics.

Le soir nous avons invité à dîner le père Max Delamour qui était venu en Aquitaine lors de la semaine de Solidarité Internationale de mai 2011. Lors d’un concert caritatif en faveur d’Haïti à la cathédrale Saint André de Bordeaux, ce responsable diocésain de l’Enseignement Catholique nous avait relaté son vécu du séïsme du 12 janvier 2010 (il a été enseveli des heures durant sous les décombres avant d’être secouru).

Ce dîner avait lieu à l’Oloffson, restaurant chic situé dans une maison ancienne de style colonial. Comme d’autres maisons anciennes de cette époque, celle-ci a bien résisté au tremblement de terre du fait de sa structure bois et de la qualité de sa construction. 

Le lendemain mardi, Olivier nous a montré le centre Caritas, centre d’accueil des enfants de la rue qu’il a crée et dont il s’est occupé pendant deux ans près de la paroisse Saint Antoine. Nous avons rencontré le curé de cette paroisse d’un quartier très pauvre, le père Michel lui aussi père de Saint Jacques. C’est lui qui nous a annoncé l’élection du pape François.

Puis, nous sommes allés rencontrer les sœurs de Cluny qui ont en charge un certain nombre d’écoles en Haïti. Après que nous lui ayons expliqué le sens de notre démarche, la mère provinciale nous a relaté l’état d’avancement de la reconstruction de l’école de Bolosse, quartier pauvre que nous avons visité quelques jours plus tard et du chantier de l’école de Jacmel que nous n’avons pas pu voir à notre plus grand regret. Nous avons ensuite visité l’école de Lalue et le centre de santé (bungalows) que les sœurs ont installé au dessus de l’école pour la population de ce quartier pauvre.

J’ai eu la chance de rencontrer chez les soeurs de Cluny Quitterie, partie là bas pour un an dans le cadre de FIDESCO.

L’après midi nous avons rencontré les représentantes de deux associations s’occupant de handicapés :

Le CES (Centre d’Education Spéciale), association qui, depuis 1976,  s’occupe d’enfants handicapés mentaux. Dans cette école que nous avons visitée quelques jours plus tard, on retrouve un centre de Dépistage et de prévention, des locaux administratifs et des salles de classe. Les enfants ne viennent là que pendant la journée puis rentrent dans leur famille. L’association qui avait de multiples centres dans tout Haïti a été contrainte de se recentrer sur Port au Prince du fait des destructions secondaires au séïsme. Une école plus spacieuse est en voie de construction.

Puis nous avons rencontré les représentantes de l’Arche qui prend en charge des handicapés en les hébergeant en les formant, en les rééduquant sur le plan fonctionnel et en leur proposant un travail pour ceux qui le peuvent (ils font ainsi du beurre de cacahuette et du miel). Nous avons eu la chance de participer à la célébration de la messe dimanche avant de visiter leur centre.

Mercredi après midi nous sommes allés  rencontrer le Centre d’Aide Psychologique, association dépendant de la Conférence Haïtienne des Religieux (CAP CHR) qui se préoccupe de la violence en milieu scolaire ; 11 écoles sont ainsi suivies depuis environ un an. Des psychologues prennent en charge non seulement les enfants soit par groupe soit de façon individuelle, mais aussi les enseignants et les parents. Le travail consiste à faire disparaître les violences physiques mais aussi psychiques traditionnellement bien ancrées dans l’éducation haïtienne. Nous avons retrouvé là deux bordelais Véronique et Benoît de Prémorel.

Jeudi matin départ pour Soleil 4, quartier pauvre où règnent les gangs. Nous allions voir la reconstruction d’une des écoles maternelles des pères salésiens. Nous avons reçu un accueil extra ordinaire des enfants qui nous ont chanté la bienvenue. Quatre jours plus tard nous sommes allés visiter l’école située au centre de Port au Prince qui regroupe un ensemble scolaire primaire et secondaire ainsi que des classes d’enseignement professionnel (menuiserie, plomberie…).

Jeudi, 11h , départ pour Grand Goâve où nous découvrons l’association  « Rustic Superior ». Il s’agit d’une petite association haïtienne crée par deux métropolitains dont l’un est compagnon du tour de France. Cette association reconstruit des habitations en employant de la main d’œuvre locale qui apprend les métiers du bâtiment sur des chantiers école.

Vendredi départ pour FHRD, Fondation Haïtienne pour le Redressement et le Développement, association initialement fondée par des pères scalabriens. Cette association construit des villages pour reloger des personnes déplacées et vivant dans des camps de toile après le tremblement de terre : plusieurs villages sont prévus avec au total 200 maisons (une maison pour quatre familles). L’association emploie pour la construction les futurs locataires qui n’ont pas d’argent et propose à d’autres un travail dans la coopérative; ainsi les parpaings sont fabriqués sur place, une boulangerie et une usine de fabrication de pâtes alimentaires ont vu le jour. Il est même prévu prochainement un élevage avicole.

Quelle est la suite donnée à cette mission ?

Nous allons maintenant rapporter les éléments de nos rencontres à notre région d’Aquitaine pour voir avec quel partenaire nous pouvons nous lancer dans cette aventure de relation de longue durée. Mais je voulais vous dire en quelques mots ce que j’ai ressenti en Haïti ;

Les gravats qui encombraient Port au Prince et dont on a tant parlé sont en passe de disparaître. Il reste bien sûr beaucoup à reconstruire, en particulier les nombreuses maisons encore debout mais trop abîmées pour être consolidées. De nombreux camps provisoires de toile existent encore. 

Mais dans ce pays très pauvre, les gens ne sont pas tristes, ils ont même une joie de vivre étonnante dans ce contexte. L’extrême pauvreté entraîne tout de même une insécurité dans certains quartiers où règnent des gangs armés. Les pères de Saint Jacques qui nous hébergeaient ont été cambriolés deux fois la nuit pendant notre séjours (vols de batteries, et de pompes)

Signe encourageant, on a perçu la confiance qu’a la population envers son nouveau président. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’accaparerait pas le pouvoir et les richesses, mais semblerait œuvrer pour le bien d’Haïti. On sent bien sûr une gêne par rapport à l’assistance des ONG étrangères qui roulent dans des 4x4 flambants neufs, mais la population s’y résigne par nécessité du fait de l’insuffisance d’état.

Ce qui m’a le plus frappé c’est de voir en Haïti les pauvres aider de plus pauvres. En particulier les membres des associations qui viennent en aide aux handicapés. Nous avons-nous même à apprendre de ces gens courageux.

 


 

 

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