Gilets Jaunes : réfléchir ensemble au bien commun

Le questionnement de la Conférence des évêques de France regarde davantage le fond du problème. Les questions du bien commun et de l’expérience commune vont bien plus loin que de traiter simplement de points très pratiques et très concrets. 

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Face à la crise sociale profonde révélée par le mouvement des « gilets jaunes » la Conférence des Évêques de France a appelé les catholiques à organiser des débats de fond. Le secteur pastoral de Pessac invite à une rencontre et échange le lundi 4 mars à partir de 19h.

Comment est née l’idée d’organiser ces débats et comment avez-vous construit cette proposition ?

P. Frédéric Lauroua, responsable du secteur pastoral de Pessac : Nous avons évoqué en EAP et lors d’une rencontre en équipe des ministres du culte de Pessac la proposition de débat lancée par la Conférence des évêques de France. Il nous est apparu évident qu’on pouvait développer deux choses : tout d’abord une invitation, faite aux paroissiens, à venir participer à deux rencontres, deux dimanches de suite ; mais aussi à l’encouragement à se saisir librement de cette invitation de la CEF pour organiser dans leur quartier, dans leur vie familiale, avec leurs amis, des temps de rencontre et de discussion autour de ces questions. Nous avons légèrement modifié les cinq questions de la CEF pour qu’elles puissent être le plus possible ouvertes pour tout un chacun, c’est à dire y compris pour des non-croyants. Et à partir de ce document de cinq questions, nous avons également proposé une rencontre commune qui aura lieu le lundi 4 mars en soirée, à la salle de la Fraternité à Pessac, et qui sera ouverte à tous ceux qui le veulent. Nous allons inviter à partir de nos moyens de communication ecclésiaux, mais en stipulant bien que cette rencontre est ouverte à tous et en espérant que nombreux sont ceux qui nous rejoindront sans être paroissiens ou même croyants.

Le principe sera celui d’une rencontre fraternelle, avec un repas pour commencer, à partir de 19 heures. Nous prendrons ensuite le temps de traiter les 5 questions en deux parties. Pour les trois premières questions, qui sont plus des questions de constat, nous proposerons d’avoir une sorte de tour de table où chacun dit ce qu’il ressent sur la situation actuelle. Dans un deuxième temps, nous aborderons la question du bien commun et de l’espérance commune, qui amène vraiment à une réflexion de fond. Nous animerons ce temps à partir de deux interventions qui seront celles du père Francis Bacqueyrisses, sur les questions de solidarité, et de Jacques Da Rold, qui parlera des corps intermédiaires dans les quartiers. Nous prendrons alors en groupe le temps d’approfondir ces questions pour voir ce que peut être le bien commun et ce que, dans la société française, peuvent être des expériences communes.

Les chrétiens doivent-ils dialoguer entre eux ou participer à ce débat national ?

Je pense que les deux types de débat sont complémentaires. Le questionnement de la Conférence des évêques de France regarde davantage le fond du problème. Les questions du bien commun et de l’expérience commune vont bien plus loin que de traiter simplement de points très pratiques et très concrets. Cette réflexion de fond sera complémentaire avec la réflexion plus technique du débat national, qui porte davantage sur des décisions de gouvernance. L’un de va pas sans l’autre.

 

 

Un débat déjà organisé sur la Rive droite

Le secteur d’Arcins / Rive droite a également organisé un temps d’échange autour de ces questions le 13 janvier dernier. Retrouvez le compte-rendu de Corinne Dutilleux, du secteur pastoral Arcins / Rive droite.

 

Les dimanches avant la messe des familles, pendant que les enfants du catéchisme se réunissent, nous invitons tous ceux qui le souhaitent, parents mais aussi tous les membres de la communauté, à venir prendre part à un atelier de réflexion et d’échange autour d’un texte de la Bible, sorte de catéchèse pour adultes. Pendant cette petite heure où la parole est libre et décomplexée, l’occasion est donnée à chacun de se questionner et réfléchir sur comment la Parole fait écho et donne sens à nos vies.

Le dimanche 13 janvier dernier, nous avons exceptionnellement consacré ce moment à une réflexion sur la crise dite des « gilets jaunes », à propos de laquelle les évêques de France nous avait appelés à débattre ( « Appel aux catholiques de France et à nos concitoyens, Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, 11 décembre 2018 », Ephata n°31 de janvier 2019). Une dizaine de personnes ont participé à cet échange sur ce sujet ressenti par tous comme éminemment grave. Cette crise est considérée par le plus grand nombre des participants comme celle de la « dernière chance »…

Depuis les manifestations du début décembre, l’heure n’est plus au débat sur « pour ou contre » les Gilets jaunes mais à la prise de conscience que cette mobilisation qui dure représente sans doute un point de rupture. Sur les raisons du profond malaise qui secoue notre société depuis des années et qui explose maintenant, les causes évoquées sont diverses : d’aucun souligne une unité de la nation qui fait défaut, la défiance grandissante vis à vis de l’État, d’autres considèrent qu’une catégorie de la population parmi les classes les plus pauvres et les classes moyennes se sent oubliée, que les politiques d’urbanisme sont inadaptées, ou bien encore que la perte du lien social due notamment à la dématérialisation des démarches administratives est un élément décisif dans la déshumanisation de notre société.

Quelques uns soulèvent encore que la colonne vertébrale de notre société, garante d’une certaine moralité, incarnée soit par la patrie soit par la religion, n’existe plus : plus de projet de société commun et des valeurs ( l’amour du prochain, le respect…) qui sont moins transmises. Finalement tout le monde s’accorde sur le double constat que, d’une part, notre société manque terriblement de fraternité et d’autre part, que les pouvoirs publics semblent dans l’incapacité de résoudre un problème qui dépasse très largement le cadre de la France, voire de l’Europe puisque nos pays sont contraints par les lois de la mondialisation, dans une problématique écologique qui devrait être au premier plan.

Toutefois, nous ne devons pas céder au pessimisme : nous voyons émerger des initiatives citoyennes extraordinaires au niveau local qui représentent un espoir de vivre ensemble dans de meilleurs conditions. Mettons enfin notre espoir dans la jeunesse qui peut-être mieux que nous, est davantage en recherche du véritable sens à donner à leur vie, loin du matérialisme qui nous empêche de voir l’essentiel.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+