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“Notre communauté est heureuse de faire ce lien”

Ce dimanche 19 mai, fête de la Pentecôte, l'église Saint-Augustin accueillera trois jeunes enfants et un nouveau-né sourds. Trois premières communions et un baptême qui seront traduits en langue des signes. Rencontre avec le père Vincent Garros qui anime l'aumônerie des jeunes sourds et malentendants.
“Notre communauté est heureuse de faire ce lien”

Le père Vincent Garros anime l'aumônerie des jeunes sourds

D'où est née cette aumônerie pour jeunes sourds et malentendants ?

Elle est née de la rencontre avec deux animatrices qui pouvaient faire cette catéchèse, Géraldine qui est une jeune femme qui faisait partie du groupe à Saint-Augustin et qui est actuellement éducatrice au CESDA (Centre d'Education Spécialisée pour Déficients Auditifs à Bordeaux) et Anne-Marie qui est éducatrice spécialisée en lien avec l'INJS (Institut national des jeunes sourds à Gradignan). Ces deux personnes connaissaient aussi quelques enfants et des parents qui ont demandé à ce qu'on les préparent à la première communion ou au baptême.

Le petit groupe est donc né il y a 2 ans. Il est basé à Saint Augustin, parce que c'était pratique avec le tramway et puisqu'ici nous avons à coeur d'accueillir les jeunes en difficulté à cause de ma responsabilité dans la pastorale des personnes handicapées. Cette année, à Pentecôte, trois jeunes enfants sourds, deux garçons et une petite jeune fille, qui ont entre 10 et 13 ans, vont faire leur première communion. Et il y aura aussi le baptême d'un petit frère de l'un deux, maëwen, qui est sourd également, et qui sera baptisé.

Comment se déroulent les célébrations adaptées pour les sourds et les malentendants ?

La célébration se déroule comme d'habitude, le seul petit détail c'est que nous les mettons au premier rang avec en face d'eux, dos à l'autel, l'interprète en langage des signes (LSF) ou en langage parlé complété (LPC) de façon à pouvoir suivre la célébration qui se déroule avec eux.

L'interprète traduit tout ce qui se passe, donc à la fois les textes, les chants... On essaye aussi, même si cela est pour l'instant plus difficle, de signer les prières. Un sourd peut participer avec sa langue qui est la sienne, en signant. Nous essayons de les y aider en apprenant à la communauté quelques gestes comme le refrain de la prière universelle "Seigneur, nous te prions" par exemple. Je fais le geste qui accompagne cette prière et toute la communauté le fait ce qui les aide aussi.

Vous utilisez la langue des signes et le langage parlé completé ?

Je découvre ces différents langages, j'essaie d'apprendre quelques signes de la LSF, la langue des signes française, mais c'est une langue à part entière et lorsqu'on ne la pratique pas beaucoup c'est plus difficile. Je connais quelques salutations, je repère quelques mots, j'essaie de faire des signes en complément d'une articulation lente de mon propos, ce qui permet à ceux qui sont en face de me comprendre un peu mieux.

Qu'est-ce que cela a apporté aux personnes sourdes et malentendantes, quels sont les retours que vous avez eu ?

Il y a d'abord eu le groupe d'adultes qui se retrouvent tous les mois dans les locaux de la pastorale des personnes handicapées. Puis, depuis maintenant huit ans où je suis ici, nous avons aussi à coeur, avec la communauté, de payer un interprète à Noël, quelques uns sont aussi venus bénévolement. Et depuis 2 ans, pour ces jeunes enfants, nous avons, 4 à 5 fois dans l'année, des messes avec un interprète. Les sourds ont donc maintenant bien repéré Saint-Augustin comme une église qui leur fait bon accueil, où il y a aussi quelques personnes qui viennent régulièrement et qui savent signer. Ils ont la possiblité de communiquer avec des parlants qui signent et ils viennent donc à la messe même en dehors des célébrations avec interpète.

Certains pratiquent dans leurs paroisses évidemment, mais c'est vrai qu'il y a ici un "plus", c'est le fait qu'ils se retrouvent de temps en temps, avec un interprète ou entre eux. Ils viennent parfois de Blanquefort, d'Eysines, de la Bastide, même du Médoc... Après la messe, ils peuvent, comme dans toutes les paroisses, prendre le temps de se retrouver, d'échanger, de se donner des nouvelles sur la vie des uns et des autres, les joies et les problèmes...  C'est quand même quelque chose de très intéressant.

Et puis la communauté elle-même prend conscience de ce monde là, ça lui fait vivre quelque chose qui est assez séduisant. D'abord, quand il y a un interprète, les enfants qui sont là, même s'ils sont entendants, sont captivés par cet interprète. Ils essaient de repérer ce qu'il veut dire et, au final, ils "entendent mieux" l'Évangile ou les commentaires que je peux faire. Il y a une sorte de silence qui accompagne aussi ces célébrations.

La communauté est habituée à accueillir des enfants ou des jeunes avec d'autres handicaps, comme la trisomie 21, un handicap psychique comme l'autisme, ou d'autres groupes que j'accompagne et qui viennent parfois ici comme servants d'autel notamment. Notre communauté est très heureuse de faire ce lien là, d'autant que beaucoup de paroissiens sont dans le monde médical à cause de la proximité des différentes cliniques et hôpitaux. Il y a une sorte de fraternité qui se signifie là.

Et à vous en tant que prêtre, qu'est-ce que cela vous fait vivre ?

Avec ces enfants, ou avec les adultes, quelque soit le handicap, ça me renouvelle complètement dans ma foi.  Dans ma manière d'annoncer la foi, cela m'oblige à simplifier au maximum et à dire avec le plus de simplicité et d'exactitude la Bonne nouvelle de l'Évangile. Ça me fait vivre vraiment une proximité, une fraternité avec ces gens qui sont marqués par le handicap, la maladie, ou le trouble psychique qu'ils peuvent avoir et ça me rejoint aussi dans mes propres difficultés.

Il y a une fraternité, une complicité qui s'élabore là, et que Jésus nous fait vivre. C'est émouvant, ça "touche aux tripes" comme on entend parler parfois dans l'Évangile où "Jésus est touché aux tripes" ou "touché aux entrailles". Ça me touche aux entrailles moi aussi et, à certains moments, c'est difficile de faire alors semblant que "tout va bien".