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Jésus pour les musulmans

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Intervention de Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux, et commentaire de Mahmoud Doua, imam de la mosquée de Cenon.

Jésus, fils de Marie et prophète

Jésus, son nom revient très souvent dans le Coran, plus souvent que celui du prophète Mohammed lui-même, quand à sa mère elle est citée 31 fois. Jésus est qualifié par : « le messie Jésus fils de Marie ». Ce qualificatif revient souvent dans le Coran. Le messie attendu par les juifs est effectivement Jésus, reconnu par le Coran comme le fils de Marie mais uniquement le fils. A ce titre, il est considéré comme un être humain. Prophète ordonné, missionné, il s’inscrit dans la lignée des prophètes de l’ancien testament, dans la continuité de la loi de Moïse.

Prophète juif, il universalise le message de Moïse

Le Coran évoque ce rapport d’allégement des lois mosaïques : «je suis venu afin d’alléger, de rendre licite ce qui vous a été interdit auparavant ». Il parle aux juifs dans la continuité avec l’intention d’universaliser le message de Moïse et en préparant l’avènement de Mohammed le prophète de l’islam.

Jésus est un homme sans père, créé par le verbe créateur de Dieu

Jésus a la particularité d’être un être humain différent des autres : un enfant sans père, comme Adam né à partir de rien, si ce n’est à travers le verbe : « soit ». Il est ainsi le verbe qui s’est fait chair. Dans la tradition musulmane il est le produit d’un verbe, acte de Dieu, un verbe créateur. Les musulmans adhèrent à cette assertion : «le verbe s’est fait chair», mais par création et non par engendrement. Jésus n’est ni le fils de Dieu, ni le fils adoptif de Joseph. Il est le fils de Marie, immaculée et vierge.

Dans la tradition musulmane les parents transfèrent le biologique mais pas l’âme. l n’y a pas de transmission de faute à travers les générations puisque l’enfant est le produit de trois parents : le père, la mère et l’ange qui vient déposer l’âme. Nous sommes le produit de deux parents et de l’intervention de Dieu à travers l’ange qui vient déposer l’âme. Mais pour Jésus celui qui est venu est l’archange Gabriel lui-même, qu’on appelle le Saint Esprit. Pour les musulmans il y a donc Dieu et le Saint Esprit (l’archange Gabriel) qui apporte la révélation de Dieu au prophète. Mais cette fois Gabriel est venu avec un don qui va se transformer en chair, il dépose l’âme de Jésus dans les entrailles de Sainte Marie. L’autre exception révélée par une parole du prophète, Jésus est le seul enfant qui n’a pas été touché par le Satan à sa naissance. C’est une forme d’immaculée conception islamique d’une certaine manière.

Jésus un prophète, exemple de sainteté

Jésus est donc le prophète distingué par ses origines et par son statut, alors que beaucoup de prophètes ont commis des erreurs, des fautes, lui Jésus n’a jamais été critiqué pour un comportement quelconque, il est donc pour les saints musulmans un exemple de sainteté. Il porte l’esprit et spiritualise le message de Moïse dans le sens de l’universalité de ce message en préparant l’avènement de Mohamed le prophète de l’islam.

Jésus, figure eschatologique

Beaucoup de musulmans attendent le retour de Jésus, le retour du messie. Des textes annoncent que Jésus va revenir à la fin des temps vivre parmi nous. L’islam récupère ainsi la figure de Jésus en l’intégrant dans l’humanité, après l’avènement de Mohammed.

Jésus est une figure constante dans une perspective eschatologique, il va régner avec le Mehdi, la descendance du prophète de l’islam, la paix va régner. Des récits eschatologiques parlent du retour de Jésus mais certains savants considèrent que ces récits ne sont pas authentiques et que Jésus est élevé au ciel une fois pour toutes.

Jésus, prophète toujours vivant par delà les interprétations sur sa mort

Pour les musulmans Jésus n’est pas mort, certains disent qu’il a peut-être été crucifié mais qu’il a subi un évanouissement et qu’il n’est pas mort sous l’effet de la crucifixion. D’autres disent qu’un sosie a été crucifié à sa place mais que lui fut indemne, d’autres encore que Jésus est resté vivant, d’autres enfin dans la tradition musulmane disent qu’il a subi la mort mais qu’il va ressusciter pour retourner parmi les hommes et faire régner la paix.

Jean Baptiste est aussi nommé et reconnu prophète en islam ainsi que Zacharie son père, il y a un récit autour de cette famille. Beaucoup de musulmans s’appellent Issa (Jésus) et manifestent ainsi l’importance de cette figure, le rapport maintenu avec lui. Jean Damascène a lui-même qualifié l’islam de secte chrétienne au vu de l’importance accordée par l’islam à cette figure de Jésus. L’islam a conservé le dogme de son humanité et affirme que Jésus a accompli bien des miracles en tant qu’homme et non comme incarnation de Dieu.

Nous sommes ici à un point de rencontre et d’intersection avec le christianisme, en un lieu de différenciation et de distinction sur la nature de Jésus.

 

Commentaires de Mahmoud Doua

Une trinité musulmane

Musulmans, nous avons notre trinité : le verbe, l’esprit et la chair. Le verbe est un verbe en acte, Dieu a décrété la conception d’un enfant sans père, l’esprit agit par le dépôt de l’âme dans le corps des femmes par l’ange et le saint esprit c’est l’ange Gabriel présent auprès de la vierge Marie comme auprès de Mohammed.

Musulmans et chrétiens, proches et éloignés

Jésus s’inscrit dans la continuité des prophètes de l’ancien testament, l’islam est bien une religion de la continuité pour une même famille monothéiste.

Mais Jésus reste un mystère, le Coran maintient cette distance entre Dieu et l’homme. Dieu se révèle par sa parole et Jésus occupe une place dans l’eschatologie musulmane. Tous nous attendons et c’est une attitude qui nous rapproche, quand aux divergences qui nous différencient attendons le jugement dernier !

Marie sainte et inspiratrice

Marie est citée trente cinq fois dans le Coran. Elle était préparée pour recevoir ce verbe en acte, elle sera souvent citée par les mystiques musulmans. Son silence sera lu comme un jeûne, une privation de la parole pour recevoir et écouter. On parle chez les musulmans du jeûne du silence.

Le Coran et l’Évangile

Le Coran reconnait l’Évangile au singulier mais ne reconnait pas les interprétations sur la nature de Jésus. Il est cité douze fois et correspond aux paroles du prophète Mohammed. Les lois hébraïques sont celles des musulmans mais non les commentaires des rabbins.

Aimer c’est partager l’amour de Dieu

Quand on aime les autres on comprend la grande affection de Dieu, certains hommes donnent envie de reconnaitre Dieu. Permettre aux gens de se rencontrer c’est partager l’amour de Dieu. Si Dieu est insaisissable on perçoit sa trace quand les hommes s’aiment, car Dieu se révèle dans la paix des cœurs et des âmes. Cet apprentissage de l’amour se fait dans la famille.

Ta richesse m’enrichit

En acceptant l’autre parce que c’est le destin voulu par Dieu nous nous enrichissons de sa richesse.

C’est au contact d’autres croyants, touaregs musulmans, que de Foucaud se convertit, c’est la passion d’un mystique musulman qui entrainera Massignon vers sa foi chrétienne.

À propos du djihad

Il faut distinguer :

  • Le grand djihad qui est le combat contre l’emprise du matériel, contre les passions et les désirs qui aliènent ;

  • Le petit djihad qui est la guerre juste selon St Augustin, relève de la «violence légitime », comme le dit Max Weber « le monopole de la violence légitime » appartient à l’État. En aucun cas il ne peut se justifier au nom de la religion, il est toujours en dernier ressort et pour cause de survie.

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